A quoi bon débattre ?

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Alors que la drôle de campagne de 2012 (entre candidats déclarés, pas déclarés, déclarés puis finalement non, déclaré mais Président ou déclarés mais sans signature) entre dans le vif des sujets, une étudiante de Sciences Po Toulouse propose aux lecteurs d’IEPMag une courte chronique sur les bienfaits du débat.

ENTRE NOUS…sale temps pour les prétendants à la fonction suprême. Leurs débats envahissent nos discussions. L’hiver s’installe et gèle les conversations. Les flocons tombent mais les arguments se font rares. En cette saison électorale, les combats remplacent nos débats. Il n’y a plus de dialogue, plus d’échange constructif mais plutôt une juxtaposition de monologues inflexibles. Le but n’est pas d’avoir raison du sujet mais d’avoir raison de l’autre. Or l’idéal philosophique de l’honnête homme présente le débat comme un véritable dialogue d’idées : la convergence est possible et les divergences fondées. Les tords sont admis sans perturber l’échange.

Nous sommes loin du compte. Alors, arrêtons de débattre? A quoi bon déployer deux autismes diamétralement opposés? Ce serait vouloir croiser deux droites parallèles en un point : celui du débat. L’exercice est pour le moins malaisé.

Débattre nous anime. Quand on me contrarie, on éveille mon attention, non pas ma colère.

Pourtant, citoyens adeptes du débat que nous sommes, nous savons tout le grain qu’il nous donne à moudre. On se vanterait presque de cultiver la démocratie par nos discussions récurrentes. Cette passion du discours, cet engouement prolixe, de jour comme de nuit… Notre esprit est éveillé, notre pensée stimulée par la contradiction. Débattre nous anime. Par conviction dirait-t-on… ou par pur plaisir de l’opposition, de la différence. Montaigne avait compris que «le plus fructueux exercice de l’esprit est la conférence. Quand on me contrarie, on éveille mon attention, non pas ma colère. Je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit. La cause de la vérité devrait être la cause commune de l’un et de l’autre». Ainsi le débat nous instruit et le débat nous construit. Débattre nous confronte à l’autre ainsi qu’à nous même. L’échange révèle nos idées et nos limites au gré de la conversation. Selon Socrate, la connaissance de soi interroge directement l’état de notre ignorance qui met en péril notre demeure. Tout l’art du débat est de savoir rebondir.

Cependant, la conception du débat comme source de connaissances s’enrichit aussi d’une connaissance du débat, de ses ficelles et de ses pièges. Un bon argumentaire est ainsi réduit au maniement habile des manettes discursives. Tour à tour, chacun met en œuvre sa panoplie d’outils et actionne les leviers. La mécanique intellectuelle des éternels contradicteurs (ils se reconnaîtront) si elle nous irrite, ne stimule-t-elle pas notre désir de conquête?

Convaincus par les idées adverses, nous serions tenté de céder et cette inflexion  révèlerait une faille à notre prétendue intégrité intellectuelle… Sur le terrain de la confrontation, les écarts de pensées sont admis et servent les rapprochements.

Laissons les interrogations se poser. Le doute semé, nos pensées tracent leur sillon jusqu’à la prochaine contradiction.



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