Pourquoi voter Patrick Besson ?

Faisant fi de la polémique avec Eva Choly, un étudiant de Sciences Po Aix nous offre une ode à l’éditorialiste du Point et écrivain Patrick Besson. 

Il y a des malins et des poires. La poire, pour la soif, c’est le malin génie de Patrick Besson qui me la donne entière. Je connais, depuis deux bonnes semaines un plaisir terrestre, journalier et concis. Il m’est nécessaire d’en parler : le plaisir se procure, il se donne à tout va. Son rapport est nocturne, car c’est parler tout bas.


J’ai découvert Patrick Besson un matin, il y a deux ans, entre deux cafés –sans sucre, sans lait, sans touillette- dans une de ses chroniques qui relatait Batz-sur-Mer. C’était un café de machine à café, j’étais abonné au Point. Je fréquentais une fille. Ma vie tournait en rond, de jambes (en l’air) et de cuir (anglais). J’ai lu Patrick moins pour Besson que pour Batz. C’est la ville d’un grand-père chez qui je ne vais plus. Et j’ai trouvé dans son détachement pur un bout de ma planète. Du whisky sans glace, et l’orgueil ténu des hommes de 50 ans.

Globalement, Besson est ce que tout jeune homme désire être plus tard. Ecrire des livres à 25 ans, manger des frites à un mariage –ou à un remariage, à force on ne sait plus-, vieillir, écrire sur Bangkok, les bordels et les putes en rendant tout ça possible, je veux dire esthétique. Etre faussement goguenard.

On a beaucoup évoqué Besson avec Eva Joly (ou contre Eva Joly ?). C’est dommageable. Je ne me sens pas d’en reparler ici.
Patrick Besson écrit, en ce moment, régulièrement, jour après jour, un portrait littéraire des êtres politiques. On appelle ça un exercice de style. Chez Besson c’est davantage un rendez-vous. Le titre de l’entreprise : « Journal d’un Besson de campagne » Mais Patrick n’est pas Bernanos. Et c’est tant mieux. Il reprend donc, relate, retraite des écrivains disparus, ou que l’on voudrait morts, et des coureurs de fond. L’élection est un marathon. Son trophée s’emporte sur un sprint à long terme. Bayrou par Duras, Mélenchon par Proust, Guigou Royal et Aubry par Simone de Beauvoir. J’ai cité trop de femmes écrivains. Mea maxima culpa. J’attends de Villepin par Sollers, Philippe Poutou par Onfray, ou Verner par Glissant.

COMMENT BESSON PROCÈDE POUR ÉCRIRE SES CHRONIQUES ?

Fait-il comme Vialatte, qui chaque dimanche soir, pour la Montagne, se mettait seul en train ? Mais Besson livre sa copie tous les jours. Il abandonne le train pour des distances plus courtes, peut être moins laborieuses. Je l’imagine bien remiser ses Pléiade en tapant ça et là des motifs pour la page.

Les chroniques de Patrick se dégustent comme un poulet entier. Chaud, c’est agréable. Froid, on peut y revenir. Deux lectures sont nécessaires. Ce qui tombe bien, puisque tout est libre dans le temps. On ne peut plus regarder des films sur internet. On s’ennuie, on flâne. On tombe sur un écrivain qui écrit des politiques en copiant d’autres écrivains. C’est une mise en abîme ? Mieux, un mime en abysse, tout y est profondeur, contrechamp, chant d’amour. Je ne sais pas ce que l’on pourrait faire à part de la littérature dans notre Vème République. Besson l’a bien compris : il milite pour la plume et l’encre sans vergogne ; c’est son côté bon gendre de l’Académie Française (il sera un jour immortel, à n’en pas douter, intronisé par d’Ormesson, dans dix ans vous verrez). Son programme est un tout qui conjure la syncope, je veux dire qu’il s’adresse à ceux qui s’ennuient des commentateurs politiques ordinaires (et donc maladroits), ou des faux journalistes dont on se demande s’il faut leur renouveler une carte de presse. Cette vie là est d’usage, elle est aussi trop âcre. En somme, du vinaigre de Moderne. Ainsi, à sa manière, et par des voies louables, on accède au sublime. Besson est un pousse-aux-cimes, ses forfaits sont des gammes. Il faut lui dire merci.

Journal d’un Besson de Campagne

Marc-Antoine Moreau – Sciences Po Aix – Controverses


Mots clés:
patrick besson, journal d\un besson de campagne, le journal d\un besson de campagne, Antoine moreau poir, qui est lauteur patrick besson

Commenter