Affaire Neyret : Lettre ouverte au Ministre de l’Intérieur

Les confidences de Michel Neyret mardi ont donné un nouvel éclairage à l’affaire qui agite la police française depuis quelques mois maintenant. Un étudiant de Sciences Po Strasbourg publie aujourd’hui dans IEPMag une lettre ouverte au Ministre de l’Intérieur, chargé de la décision finale concernant la révocation de l’ex « super-flic ». (Crédit Photo: Bresson Thomas)

Lyon, le Mercredi 5 septembre 2012.

Lettre ouverte au Ministre de l’Intérieur, Monsieur Manuel Valls ;

Monsieur le Ministre,

Suite à la décision du Conseil de discipline de la Police qui vous enjoint de prononcer la révocation du Commissaire Michel Neyret, il m’est dicté, par ma conscience citoyenne comme par mes convictions personnelles, de vous suggérer ce que signifierait une telle décision.

La police française a changé et les changements au sein d’une telle institution ne s’opèrent jamais avec facilité, même s’ils sont nécessaires et fondés. Le règne de l’officieux et des renseignements obscurs a laissé place à une « administration policière » davantage influencée par le règne des statistiques que par la qualité de ses résultats. Votre famille politique l’a d’ailleurs assez dénoncé lors du dernier mandat présidentiel.

Mais il serait hypocrite d’affirmer que les pratiques et les hommes peuvent changer aussi rapidement qu’une législation, qu’une circulaire ministérielle ou qu’une stratégie politique. La Vérité fluctue avec le temps, vous en conviendrez sans doute.

Lorsque de nombreux « cadors » de la police, notamment judicaire, en viennent à soutenir l’un des leurs, un constat s’impose : cet homme n’a pas franchi la ligne rouge des règles et coutumes que son institution lui a enseignées ; bien au contraire, il les a reproduites. En l’occurrence avec un talent certain et des résultats indéniables.

Mais condamner un homme à la place de l’institution revient à « faire un exemple ». Il y a plus de deux millénaires les Romains décimaient leurs soldats en cas de défaite : ils tiraient au sort un légionnaire sur dix afin que ce dernier soit exécuté. Pour l’exemple. J’ose espérer que les temps ont changé et si la police doit se laver les mains de ses agissements passés, la société que vous incarnez n’a pas le droit de prendre ses meilleurs éléments d’hier pour des boucs émissaires en les reniant lâchement.

L’Histoire regorge de lâchetés, et par conséquent, de lâches. Je vous demande, avec ma seule légitimité de citoyen français et lyonnais, de ne pas en être ; c’est-à-dire d’agir comme un véritable acteur politique et non pas en tant qu’administrateur passif.

En espérant que mon appel sera entendu, veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes considérations les plus distinguées.

Aurèle COULOUGNON – Sciences Po Strasbourg.

 


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