Les dangers d’une France coupée en deux

Inquiet du climat de durcissement de l’affrontement idéologique en France, un étudiant de Sciences Po Strasbourg en appelle au calme et à l’unité nationale.

Le moral des Français, qu’ils soient entrepreneurs, étudiants ou salariés est au plus bas. Et ce mal n’est pas une exception. Ce qui l’est c’est une incapacité politique à coopérer et puiser dans ce qui se fait de mieux pour relever notre pays.

Le constat est simple, bien connu de tous et rabâché par les médias depuis la fameuse crise des subprimes : les pays développés et plus globalement le monde capitaliste font face à une crise d’abord financière, puis économique sans précédent. En découlent depuis quatre ans les problèmes sociaux par des effets de dominos successifs. Les carnets de commandes se vident, les entreprises n’embauchent plus, voire licencient, le chômage augmente, le pouvoir d’achat se détériore et les dettes des Etats atteignent des sommets. Mais ce sera tout pour les aspects économiques, qui ne sont selon moi que cycliques et qui pourraient bien voir leur tendance s’inverser dans les années à venir si les bonnes solutions sont prises.  Il ne sera pas non plus question d’évoquer la teneur de ces décisions, puisque chacun suivra sa sensibilité quant à la nature du pansement à appliquer sur les bobos de la crise.

Ce seront tour à tour les riches, les fainéants ou les immigrés qui sont pointés du doigt.

L’aspect que je considère le plus dangereux est ailleurs : la crise et ses effets dévastateurs engendrent une destruction plus discrète mais plus profonde du lien social entre les Français. Et ce découpage en deux est le fait des hommes politiques incapables du moindre compromis. Puisqu’il faut bien un coupable aux tourments de la Nation toute entière, ce seront tour à tour les riches, les fainéants ou les immigrés qui sont pointés du doigt. Les mêmes termes reviennent dans les discours politiques : ceux du combat, des cent-jours pour convaincre, du plan de bataille. L’heure est grave et les dirigeants sont en guerre. Mais s’ils veulent montrer qu’ils traitent les sujets avec gravité et efficacité, tous oublient qu’une guerre se mène et surtout se gagne grâce à sa Nation toute entière.

Il n’est question ni de centrisme, ni d’utopisme. Ce signal d’alarme n’a pas non plus pour objet de prôner la création d’une alliance-UMP-PS. Il est nécessaire de conserver des points d’opposition sur les moyens de satisfaire l’intérêt général. Si personne ne prétend détenir une vision parfaite de cet intérêt insaisissable, au moins faudrait-il que les hommes politiques commencent par s’en réclamer. Et d’ajouter que le seul objet de leur mandat, c’est la France. L’Union sacrée, qui avait été décrétée par Raymond Poincaré lors du premier conflit mondial, est rendue impossible par les écarts idéologiques, mais il semble bon de se pencher sur les dérives actuelles pour les combattre efficacement.

140 caractères sont bien insuffisants pour étayer un propos, mais largement assez pour déraper.

Tous les bords politiques sont concernés : lors de la campagne présidentielle, François Hollande avait pour ennemi la finance, Jean-Luc Mélenchon plus globalement les riches, Marine Le Pen les immigrés clandestins et Nicolas Sarkozy ceux qu’il désignait comme les assistés. La vigueur des attaques venant d’un bord ou de l’autre ont été, au delà du jeu politique classique, d’une virulence certaine. Le tout accentué par les réseaux sociaux qui ont amené leur lot de bons mots et autres piques instantanés. Le niveau intellectuel de ces réactions à chaud est désolant et les acteurs politiques qui en ont abusé semblent avoir oublié qu’un tweet veut dire gazouillis et que 140 caractères sont bien insuffisants pour étayer un propos, mais largement assez pour déraper. Que la Première dame m’arrête si je me trompe.

Tout est sujet à querelle, le fait n’est pas nouveau. Mais lorsque des défis de cette importance se posent, le tribun avisé se poserait en tacticien rassembleur pour vaincre la difficulté de front, quelle qu’en soit la cause ou quel que soit le fautif. Il faut faire fi des idéologies, user de la realpolitik que les Allemands, entre autres, manient si bien. Deng Xiaoping, secrétaire général du parti communiste Chinois dans les années 1970-1980 ne s’était-il pas écrié « Enrichissez-vous ! » ? Si le parti le plus empreint d’idéologie au monde a su faire un mea culpa et puiser des éléments du capitalisme pour redresser son pays, ne serions-nous pas capable d’un peu de bon sens ? Privilégions notre pays aux idées, le peuple tout entier aux sectarismes et corporatismes. Ne nous trompons pas d’ennemi : ce dernier n’est pas en notre sein, la crise économique et sociale est notre problème à tous.

La quatrième fortune mondiale ne doit pas oublier le pouvoir des symboles à l’heure où l’indignation des moins aisés est si forte.

Plusieurs faits d’actualité viennent appuyer mon propos. Tout d’abord, la réelle déception des Français quant à la refiscalisation des heures supplémentaires. En voulant faire de l’anti-sarkozysme une politique, le président a négligé les effets positifs d’une telle mesure et balayé du revers de la main les bienfaits sur les petits salaires des quelques euros accordés par l’employeur qui a besoin de lui. En deuxième lieu, la volonté de Bernard Arnault de devenir citoyen belge pour échapper à la fiscalité de son pays. Même si démentie depuis, une telle déclaration représente néanmoins un message politique évident. A l’heure où tous doivent faire des efforts, les vœux de prospérité et de richesse personnelle ne doivent pas se substituer à l’attachement pour son pays. La quatrième fortune mondiale ne doit pas oublier le pouvoir des symboles à l’heure où l’indignation des moins aisés est si forte.

Deux exemples en une semaine, l’un venant du PS, l’autre d’un proche de l’ex-Président de la République prouvent que l’heure est grave pour la cohésion nationale. Il est grand temps de faire du nationalisme un concept éclairé, humaniste et intelligent, loin des clichés dont on l’affuble sans cesse. S’il ne doit pas être synonyme de xénophobie, de protectionnisme économique, le nationalisme doit être le moteur de nos engagements politiques. Il ne s’agit pas d’une construction en opposition à l’altérité, simplement de restaurer un sentiment commun de vivre-ensemble qui lierait nos destins et donc notre réussite. Le seul intérêt à défendre doit être celui de tous les Français, sans aucune forme de stigmatisation.

Faisons que la gauche arrive à parler de crise en utilisant les termes rigueur et flexibilité, de compétitivité sans dire que les entreprises doivent payer davantage, décourageant ainsi l’envie d’entreprendre. Que la droite arrive à parler d’éducation, de culture, et ne parle pas de suppression de postes de fonctionnaires à tout va, négligeant les effets néfastes de telles mesures. Mais le temps électoral n’est pas celui des réformes, et je crains que mon souhait ne reste qu’un vœu pieux. Amoureux de ce pays, je ne peux que lui souhaiter de la réussite, loin des différentes tribunes qui nous incitent, nous étudiants, à un départ pour l’étranger. La grandeur, tant souhaitée par le général de Gaulle ne saurait être obtenue sans l’apport de chacun d’entre nous.

Alexandre Battut – 4A Sciences Po Strasbourg

Photo d’illustration : manifestation devant l’Assemblée Nationale en 2006. Crédit : http://www.flickr.com/people/hughes_leglise/


Mots clés:
les riches plus dangereux que les immigrés, l\indignation le pansement du bobo, En voulant d’une France présente et forte, le pays et en danger et discour politique nous gave, les hommes politiques sont ils saisisables

1 commentaire

  1. Gilles dit :

    Article intéressant et pertinent, même si je trouve qu’il fait un peu « bisounours » !


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