Agissez Monsieur le Président.

Manifestation à Nice contre la réforme des retraites

Voilà la France secouée une fois de plus par les mouvements sociaux dénonçant haineusement la politique menée par le gouvernement. « Sarko, t’es foutu, le peuple est dans la rue » me fera toujours autant rire.

Ce qui me fait légèrement moins plaisir est la situation actuelle de ce qui fut le glorieux système d’assurance sociale et de retraite. Là où les manifestants ont raison de se faire entendre, est sur le fait qu’il ne faut surtout pas le détruire (du moins pour certains symboles) ; cet héritage de 1945 est devenu un des éléments centraux du pacte social français.

Néanmoins, pas  besoin d’avoir fait de longues études pour comprendre que ce système de retraite par répartition a souffert des ans et surtout du ralentissement démographique couplé aux difficultés économiques qui sclérosent la France depuis 1973. Ce système bloqué dans le temps est là, tel une poire blette, prêt à tomber et à pourrir sur le sol des « avancées sociales ».

Le système des retraites s’écroulera faute de soin mais il n’est pas de réforme plus socialement difficile

Ce qui se passe actuellement est tout bonnement incroyable : le gouvernement demande aux Français de travailler plus longtemps pour la première fois depuis 1936 afin de sauvegarder ce qui peut l’être encore. L’homme de la rupture en 2007 recommence à s’attaquer à l’héritage des Trente Glorieuses afin d’ouvrir la voie en direction de 2012 face à la gauche qui, à défaut d’idée lumineuse, a commencé la bataille des personnalités pour savoir qui ira au front face au Président. On nous y préparait lentement depuis environ 1 an car il n’est pas de lieu plus commun que celui que le système des retraites s’écroulera faute de soin mais il n’est pas de réforme plus socialement difficile.

On n’aura de cesse de le répéter, l’absence de courage politique de la gauche et de la droite depuis 30 ans et le passage de « tonton Mitterrand » ont fait le plus grand mal à nos retraites. Ceux qui descendent dans la rue aujourd’hui ne sont rien d’autres que des aveugles poussiéreux. Ils craignent que le gouvernement ne leur supprime leur retraite : rien de plus faux. De toute façon, à ce rythme, toutes les personnes de moins de 30-35 ans n’auront aucune retraite à moins d’avoir l’idée et surtout les moyens de souscrire à un système privé par capitalisation.

Comme toujours, on retrouve les mêmes à la barre des manifestations: la gauche de la gauche puis les socialistes mous inquiets de perdre leur influence sur les foules en délire. Ce que ces gens proposent est à peine digne d’intérêt : ne rien faire (l’immobilisme, élément de l’identité nationale avec la baguette de pain et le vin ?) ou faire une réforme juste. Tiens donc, qu’est-ce qu’une réforme juste, à part une utilisation totalement démagogique d’un mot qui fait plaisir à tout le monde. La justice n’existe pas en politique, du moins concrètement. Martine Aubry est d’ailleurs magnifique lorsqu’elle veut donner aux Français une réforme juste (en outre, le PS a ressorti les arguments qu’il fourbissait en 2003 lors de la réforme Fillon « injuste » qui est aujourd’hui adoptée par ce parti en quête de justice).

La réalité des manifestations et des grèves aujourd’hui, ce sont des personnes qui soit ont peur pour leur avenir mais qui n’ont pas bien compris que cette réforme est là pour tenter de le sauver, soit des anti-sarkozystes qui brandissent cette réforme des retraites comme le summum de l’outrage que le Président peut faire à leur petit monde qui refuse de regarder la réalité en face, et ces gens-là sont légions.

Ces grèves ne font que hâter la débâcle et la récession

C’est une honte  absolue que de voir des apprentis-terroristes menacer l’économie vacillante de la France en bloquant son approvisionnement en pétrole alors que nous sortons à peine de la crise. Nous perdons des milliards chaque jour à cause de la CGT et de ses petits camarades qui se battent pour défendre leurs avantages qui coûtent très chers au pays et au contribuable. Il est temps de comprendre que la situation est critique, que la France est en péril et que ces grèves ne font que hâter la débâcle et la récession.

Le véritable problème qui sclérose la France est son refus d’évoluer, de se moderniser alors que le reste du monde avance. Nous ne devons pas nous laisser capter par l’abîme du blocage mental et social. La France est aujourd’hui la risée du monde (il serait utile de publier chez nous les articles de la presse britannique) qui nous voient comme des égoïstes incapables de faire face à la réalité, cela étant particulièrement vrai, notamment en raison de l’assistanat qui dorlote les Français dans de douces illusions.

Il n’est pas alors étonnant de voir des personnes soutenir l’idée que nous disposons d’alternatives à cette réforme. Tout est bon pour faire croire aux citoyens que nous pouvons échapper aux faits. Mais comme le dirait si bien Margareth Thatcher : « There is no altenative ».

Cependant, la droite ment lorsqu’elle déclare que cette réforme est celle qui sauvera les retraites.

Face à ces personnes, Nicolas Sarkozy refuse de lâcher l’arme qui lui permettra de montrer à tous que les syndicats ne lui font pas peur et qui surtout est la dernière cartouche du gouvernement Fillon. Une fois que la réforme sera entérinée et les manifestants évaporés, le Président aura toute latitude pour repartir pour la dernière étape de son quinquennat avec un nouveau Premier ministre et un gouvernement lui aussi tout neuf. Si Nicolas Sarkozy brise l’opposition au sein de notre pays, il en sortira renforcé également sur la scène mondiale. En effet, le Président sait que le monde l’observe et ne pardonnera pas un échec sur le front des retraites alors qu’il doit présider les G8 et G20 l’an prochain. Stratégie nationale et stratégie internationale sont liées, Nicolas Sarkozy vaincra ou périra.

Cependant, la droite ment lorsqu’elle déclare que cette réforme est celle qui sauvera les retraites. Nécessaire mais insuffisante, voilà ce qu’est la réforme des retraites proposée aujourd’hui. Il faudra recommencer après les prochaines élections présidentielles pour préparer l’après-2018 des retraites. C’est là que le plus gros du travail et des douleurs se concentrera, et il faudra cette fois-ci agir de concert avec les syndicats pour faire passer le texte à même de nous procurer autre chose que 150€ par mois de retraite même s’il faudra tout de même capitaliser pour avoir de quoi vivre.

Nous assistons aujourd’hui au vrai début des réformes sociétales de l’ère Sarkozy, la prochaine devant être (espérons-le du moins) la fiscalité. On n’a pas fini d’entendre Besancenot exhorter les fantômes de mai 68 d’inspirer les jeunes générations ni les politiques parler de justice sociale, mais on peut du moins espérer que la droite pourra présenter autre chose que de la sécurité plus ou moins réussie en mai 2012. D’ici là, agissez Monsieur le Président.

Nicolas Morizot – Sciences Po Aix.12




  1. L’opinion développée n’engage que son auteur et non pas la rédaction. []
  2. L’auteur a tenu à préciser qu’il n’est pas et ne sera jamais membre de l’UMP ou tout autre parti apparenté []




17 commentaires

  1. babil dit :

    Il est bien dommage de tenir des propos si sûrs et définitifs sur la réforme sans les étayer concrètement, cet article est une compilation de généralités, étonnant pour un étudiant de Sciences Po …
    Il semblerait que la capitalisation soit votre seul horizon et que ce passe-t-il quand il y a une crise boursière ? Demandez-le aux Américains et Anglais qui ont vu leur retraite disparaitre avec la faillite de leur banque).
    Enfin je vous invite aussi à ne jamais dire jamais, cela risque de se retourner contre vous un jour …

  2. Nicolas dit :

    Aha! Je m’attendais à cette critique, voilà pourquoi j’ai laissé traîné ceci:

    « Là où les manifestants ont raison de se faire entendre, est sur le fait qu’il [le système de retraite par répartition] ne faut surtout pas le détruire »

    « et surtout les moyens de souscrire à un système privé par capitalisation »

    Je ne suis pas fou, le système de capitalisation est rentable mais fragile et risqué (quoique la France a à ce sujet une situation meilleure et moins risquée que celle nos amis anglo-saxons).

    Par ailleurs, les Britanniques ont un système de retraite, même s’il est moins prolifique et dispendieux que le nôtre.

    Est-ce une généralité de dire que nous allons droit dans le mur car personne en France ne veut regarder les faits ? Je suis désolé, mais je ne pratique pas la longue étude sociologique qui parle beaucoup pour ne rien dire. Je constate tout simplement, et ce avec d’autant plus d’attention que je ne suis pas sur le territoire français cette année, ce qui me permet de mieux regarder notre pays en ayant sous la main d’autres sources d’information en plus de nos médias nationaux.

    Est-il nécessaire de publier des chiffres pour dire que les caisses sont vides ? Non, vous les trouverez dans vos journaux, je ne crois pas être là pour répéter ce que l’INSEE et Bercy répètent à longueur d’année.

    Tant pis pour vous si vous ne voulez pas voir l’urgence de la situation, je n’ai pas le pouvoir de vous convaincre.

  3. Southern Cross dit :

    Tout d’abord, bravo pour l’audace de cet article, je désespérais de ne jamais voir quelqu’un démontrer un peu de courage contre cette institution française si absurde : la manifestation à outrance.
    L’article me semble nuancé, comme l’auteur l’a fait remarquer, il n’est pas en faveur de la destruction de notre système de retraité hérité du Conseil national de la Résistance, mais il n’y a en l’occurrence pas besoin d’avoir passé une année à se saouler en prétendant avoir été à Sciences Po pour se rendre compte que les déséquilibres structurels de ce régime menacent son existence même. Les chiffres ? Bercy mentionne 37 milliards d’euros de déficit, 50 milliards à l’horizon 2020 si le tir n’est pas rectifié. Y a-t-il encore besoin de prouver l’importance de la somme, représentant presque cinq fois le déficit annuel des comptes de la sécurité sociale ?
    Par ailleurs, le système de capitalisation s’appuie aussi sur des ratios ; moins d’actifs cotisant pourrait aider à un tarissement des fonds, quoique moins prononcé que dans un système par répartition, pour plus de précisions là dessus, je vous renvoie à l’excellent ouvrage, très concis, de Patrick Artus, « Comment nous avons ruiné nos enfants ». Il semblerait qu’un système hybride ne soit pas une si mauvaise solution. Faute de cela, il n’y a pas trente six façons de sauver le système par répartition ; augmentation substantielle de la natalité (qui décalerait l’effet dans le temps), immigration massive d’actifs (pour changer) ou augmentation progressive de l’âge officiel de départ à la retraite. On peut aussi songer, comme le PS le chante à tue-tête, de taxer les banques et le capital (c’est-à-dire à peu près tout en novlangue socialiste) avec les problèmes que cela pourrait signifier en termes d’exode (pensons aux hedge funds britanniques qui prennent l’air dans les Alpes suisses après le passage de M. Barnier). On peut aussi augmenter les cotisations sociales, très bonne idée, surtout au vu de cela :
    http://www.forbes.com/global/2006/0522/032.html
    En outre, je remercie Nicolas d’avoir rappelé à ces interlocuteurs que les Britanniques ont un système de retraite public, contraire à des idées très répandues. Ils ont aussi un système de santé 100% public soit dit au passage, pourtant c’est l’un des plus mauvais d’Europe avec des taux de survie pour certains cancers inférieurs à ceux de la Bulgarie. A contrario, la sécurité sociale française est aussi gérée en partenariat avec des entreprises privées. Alors, de grâce, arrêtons les dichotomies manichéennes du type : privé = méchant, public = gentil, souvent la réalité est bien plus complexe.
    Les socialistes qui prétendent que l’on peut garder l’âge de la retraite à 60 ans se fourvoient et mentent au peuple français comme ils ont toujours su si bien le faire. Tous ceux qui ont eu le loisir de débattre avec moi sur ce magazine en ligne connaissent mon aversion de l’UMP, mais en l’occurrence, le courage politique est de ce côté cette fois-ci. La réforme a sans doute des défauts et devrait peut-être être repensée quant à certains de ses aspects, mais cela ne justifie pas que des lycéens sèchent leurs cours ou que des « jeunes » lancent des pavés sur les forces de l’ordre et brûlent des voitures, cela justifie encore moins la prise en otage de la population française par l’occupation des raffineries qui entraîne la paralysie de toute notre économie, la dernière chose dont nous ayons besoin. Je joins donc ma voix à celle de Nicolas : M. Le Président, voici de bien belles paroles, mettez les à exécution et agissez en conséquence.

    • Nicolas dit :

      Merci pour les précisions apportées dans ton commentaire.

      Effectivement, les Britanniques n’ont pas détruit entièrement leur Welfare comme certains aiment à le faire croire pour les diaboliser, même s’il faut avouer qu’il y a des carences gigantesques dans le NHS anglais, l’écossais étant un peu plus en forme.

      Par ailleurs, capitaliser ne veut pas dire tout parier sur les actions : les obligations d’Etat et d’entreprises très solides figurent aux portefeuilles des fonds de pension. Et quand une obligation d’une entreprise vaut 24000€ (ce chiffre m’avait frappé mais j’ai oublié qui l’émettait), on est en droit de penser qu’elle est solide.

      • Southern Cross dit :

        Oui, effectivement, je t’écris d’ailleurs d’Ecosse où je suis pour ma troisième année, bien que je bénisse le Ciel de ne pas avoir encore eu la malchance de tester le NHS. Je crois que les carences au niveau du NHS ne sont pas tant le résultat d’un investissement insuffisant (les années Blair ont au contraire vu des fonds gigantesques apportés au NHS) mais plutôt d’une mauvaise allocation des ressources et d’un personnel administratif trop pléthorique et trop bien payé. C’est là que des coupes faciles pourraient être faite, quitte à utiliser le budget libéré pour plus de nurses ou plus d’incitations à des médecins qui sont très prompts à s’exiler. Le personnel de l’université nous a conseillé de nous faire soigner dans nos pays respectifs pour ce qui est des dents, je les crois volontiers lorsque l’on sait que de nombreux Britanniques en sont à s’arracher les dents eux-mêmes du fait des listes d’attente et de la pénurie de dentistes. On nous a dit, en clair, « they will just patch you up if you go here ». Rassurant. En fait, leurs dentistes sont surtout partis en Australie ou aux Etats-Unis où les salaires sont plus élevés et le climat souvent plus clément et, dans le premier cas, les perspectives microéconomiques et macroéconomiques bien meilleures.

        Leur Etat-providence est mal en point, mais encore une fois, cela est plus du à l’organisation qu’à un défaut d’investissement, penses-tu, avec plus de 45% du PIB en prélèvements obligatoires. Ils ne sont pas si loins de nous en fait.

        Bien entendu, je n’avais pas dans l’idée un système de capitalisation basé sur la Bourse ou les futures, sans même parler de derivatives exotiques. Prudence toutefois sur les entreprises, on se souvient des affaires Enron ou Barings. Les obligations d’Etat, pourquoi pas, du moment qu’il ne s’agit pas d’obligations grecques (remarque, le spread de crédit est devenu tellement élevé par rapport aux Bund allemands que le risque vaut peut-être la peine qu’on le prenne). Cependant, je crois que tu fais bien de rappeler que les options sont multiples et variées, car j’imagine que certains auraient tôt fait de faire le raccourci facile entre capital et Bourse/ »spéculation ».

        Encore une fois, merci pour cet article rafraichissant, même si je serais prêt à parier que cela va t’attirer les foudres de quelques anarcho-communistes qui rôdent dans les parages !

        • Nicolas dit :

          ! Je suis aussi en 3A en Écosse, à Édimbourg pour être précis !
          Envoie-moi ton mail, tu trouveras le mien dans les contacts !

  4. Alice dit :

    Ni anarchiste, ni communiste, simplement un peu sur le cul en voyant cette brillante démonstration de « je suis plus intelligent que vous et je vous méprise ».
    Un peu surprise d’apprendre que je suis une « aveugle poussiéreuse », que je pense qu’on va me supprimer ma retraite, que je refuse de regarder la réalité en face et j’en passe… Ah oui, je suis aussi une pauvre égoïste qui se laisse bercer par de douces illusions. C’est marrant remarque, des tas de personnes bien plus compétentes que moi sur cette question sont visiblement tout aussi stupides, ça rassure un peu.

    C’est sympa hein remarque, cette petite leçon de tolérance et de compréhension, sûrement dans une optique de dialogue.

    Enfin bon, je pensais qu’on pouvait être pour une retraite à 67 ans dans un horizon prochain et être contre cette réforme, mais apparemment non, le monde est bien trop manichéen pour supporter cette petite complexité intellectuelle, visiblement insaisissable pour son auteur.

    Alors on a d’un côté ces abrutis de socialistes qui s’appuient encore sur un héritage utopiste pour nous faire aller dans le mur et de l’autre, les intelligents, ceux qui ont compris la réforme. Wahou, ça simplifie carrément le débat en fait.

    • Southern Cross dit :

      Pas du tout, Alice, tu te méprends complètement. L’auteur ne veut pas abolir ce système, il l’a déjà amplement précisé. Je ne crois pas qu’il fasse un procès d’intention concernant l’ensemble des opposants au projet, bien plutôt il souligne l’aspect des manifestations qui, rappellons le, ne sont pas la seule opposition à la réforme. Occuper des raffineries est en train de paralyser notre économie et cela n’aidera pas à t’assurer une retraite dans le futur, tu en conviendras. A vrai dire, là ou je regrette qu’il n’y ait pas encore eu de débat sérieux au niveau de la classe politique est le fait que le meilleur remède au problème serait restaurer la croissance. Tu ne peux nier que l’immense majorité des manifestants sont là soit par pure haine du sarkozysme, par désoeuvrement ou parce qu’ils regardent leur petit nombril, se fichant éperdumment de la viabilité du système et donc de l’avenir de leurs enfants.

      Tu noteras que j’ai aussi condamné le manichéisme dans mes commentaires et l’auteur fait de même puisqu’il nuance son analyse à la fois du système par répartition et du système par capitalisation, aucun des deux n’étant fondamentalement bon ou mauvais à vrai dire, et surtout impossibles à détacher des circonstances culturelles et économiques qui ont vu leur création.

      Il n’a jamais été question de fustiger les opposants à la réforme comme un ramassis d’imbéciles, je suis moi-même loin d’approuver tous les aspects de la réforme. En l’occurrence, c’est les manifestations et la prise en otage des Français, ainsi que les violences de nos chers « jeunes » que nous condamnons. Je ne fais que constater que le manque de nuance est plutôt de ton côté en l’occurrence.

      Nicolas, voici mon e-mail :
      vasilios29@hotmail.fr
      Je suis à l’Université de Saint Andrews, nous ne sommes pas loin l’un de l’autre, donc !

    • Etienne V. dit :

      Superbe réponse Alice. Et je pense qu’on est nombreux à n’adhérer ni à l’idéologisme forcené du gouvernement, ni aux revendications parfois outrancières des grévistes.
      Cette réforme est mauvaise et l’entêtement du pouvoir en place à refuser toute réforme fiscale concomitante est pathétique et surtout ultra contre-productive. L’allongement du temps de travail est une nécessité à terme, et à part LO, personne ne le remet vraiment en cause (faut-il vous rappeler, Messieurs de mauvaise foi, que le temps de travail et l’âge légal de départ à la retraite sont deux choses différentes…).
      Est-ce une raison pour renier toute autre forme de contribution ? Puisque de toute façon l’allongement prévu par cette réforme ne règle pas le problème (l’UMP ment ouvertement sur cette question alors qu’ils l’avouaient au début), il faudra bien y venir. Quel-est l’intérêt de défendre bec et ongles une réforme inutile et impopulaire ? Pourquoi ne pas dire haut et fort que cette réforme est mauvaise ?

      « L’immense majorité des manifestants sont là par haine de Sarkozy ? » (sic…)
      Mais qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre… La majorité des gens des cortèges n’en a rien à foutre de la politique, contrairement à nous. Ils sont là pour défendre leur bifteck pour certains effectivement (c’est tellement drôle et ironique de voir la droite s’offusquer que quelqu’un puisse défendre son intérêt personnel…) mais aussi pour défendre l’emploi de leur gamin ou le modèle de société qu’ils souhaitent. Visiblement vous avez un peu de mal à vous sortir du JT de TF1: non, bloquer des raffineries et casser des vitres n’est pas la même chose que manifester un samedi après-midi dans les rues d’une grande ville. Mais distinguer cela impliquerait d’analyser la situation, d’essayer de comprendre les motivations de chacun, de faire la part des choses. Un effort visiblement superflu pour Nicolas et Southern Cross.

      Je ne bloquerais jamais mon IEP, je ne suis même pas sûr que je ferais grève à leur place, mais je comprends la motivation de certains, et surtout, je suis révolté par la condescendance et le cynisme des propos tenus ici.

      • Southern Cross dit :

        L’allongement de la durée de travail est un problème qui a été traité séparément par le gouvernement. Ceci étant, fixer un âge plancher est une excellente idée pour limiter les abus, notamment dans la fonction publique et tu ne peux pas détacher l’un de l’autre, c’est fondamentalement le même problème. Laisse ma foi en dehors de cela, veux-tu.
        Les réformes nécessaires sont souvent les plus impopulaires. Si j’estime la réforme incomplète et superficielle, je pense qu’elle va néanmoins dans le bon sens quant à la gestion de nos finances publiques et a le mérite de prendre en compte ce problème, typiquement ignoré par la gauche. « Quel-est l’intérêt de défendre bec et ongles une réforme inutile et impopulaire » (sic), eh bien, justement sa nécessité malgré sa superficialité.

        Je maintiens ce que j’ai dit ; le seul ciment fédérateur à ces groupes hétéroclites et disparates dans le mouvement est l’opposition à Nicolas Sarkozy, le seul dénominateur commun pour ainsi dire. Tous proposent une renégociation, tous proposent l’abandon de la réforme, mais personne n’a un projet concret. Certainement pas le PS qui ne propose que plus de taxes et agite l’épouvantail du « Capital » pour en appeler aux plus bas instincts de ses électeurs.

        C’est justement cela qui nous dérange ; les gens qui sont dans les rues se fichent de la politique comme d’une guigne et ne proposent aucune alternative. C’est bien cet esprit anarchiste et soixante-huitard qui revient : la tabula rasa, bien que l’on ne sache pas vraiment par quoi la remplacer. Tu peux attaquer la droite, en ce qui me concerne, cela ne me fait ni chaud, ni froid. Je m’en lave les mains, car vois-tu, mes idées ne nécessitent pas que l’on me place sur cette bipolarisation vulgaire et vide de sens du spectre politique. Pour ma part, le modèle de société que je défend est à deux facettes principales : maintien de la solidarité nationale, mais également responsabilité collective. Il est clair qu’en l’état actuel des choses, nous allons vers l’effondrement total de ce système, si cher à notre pays. Que désirons-nous le plus ? La continuité d’un modèle devenu obsolète faute des prémisses présentes lors de sa création, à savoir une croissance démographique soutenue, au prix de la banqueroute nationale ? Tu parles d’avenir et des préoccupations des gens pour leurs enfants, je ne vois pas de tels soucis, sinon comment expliquer cet immobilisme permanent au sein de larges franges de la population française ? Tout le monde est à peu près d’accord pour dire que le système ne fonctionne pas, en revanche, quand il faut se serrer la ceinture pour le sauver ou trouver autre chose, plus personne n’est là, sauf pour rejeter la responsabilité sur son voisin (le patron qui créé pourtant des emplois, par exemple). J’imagine que nous pouvons remercier la gauche et la droite pour avoir conjointement participé ou fermé les yeux sur l’émergence de cet individualisme si destructeur en France.

        Manifester bloque les rues, empêche les gens de se rendre au travail et ceux qui en pâtissent et non pas ces syndicalistes paresseux payés à fomenter des troubles pour faire croire que leurs syndicats existent encore (moins de 7 % de la population active française est syndicalisée). Nous attendons la prochaine réforme importante : celle qui dépolitisera les syndicats et les détachera du PCF et de la gauche et, surtout, nous donnera des détails sur leur financement très opaque. C’est le contribuable qui va être content, une fois de plus !

        Pour ce qui de briser des vitres et de mettre le feu à des voitures ou, a fortiori, agresser des agents des forces de l’ordre, cela est pour moi inacceptable et mérite la répression la plus féroce. Donnons donc du bâton à ces voyous, il ouvrira les oreilles du dos.

  5. Alice dit :

    Etienne 🙂

    Je ne suis pas pro-blocage ou grève, et je suis farouchement anti-casseurs. Ou alors qu’ils aillent péter les vitres de l’Élysée, pas des vitrines de commerçants qui n’y sont pour rien. De là à augmenter la répression… on a vu plus constructif, mais là n’est pas le débat, sinon on est encore là dans 4 ans.

    Cette réforme est impopulaire, et j’ai un profond respect pour la volonté du Gouvernement de s’y atteler. Honnêtement. Et j’ai encore plus de respect pour eux d’avoir su faire comprendre assez l’enjeu des retraites pour qu’une majorité de Français soient pour une réforme.
    En revanche, ce goût amer de précipitation entache véritablement cette tentative de réforme.
    Si je prends mon cas personnel, je n’ai rien contre l’idée de travailler jusqu’à 67 ans, même si bien sûr je ne pousse pas des cris de joie à cette idée. Pourquoi ? Parce que j’ai l’espoir (soyons fous…) d’avoir un diplôme qui m’ouvrira les portes d’un travail agréable et que je vais entrer tard sur le marché du travail. En revanche, quand je regarde autour de moi, je vois qu’il n’en est pas de même pour tout le monde. Beaucoup de membres de ma famille sont des agriculteurs, je les imagine mal travailler aussi longtemps que le prévoit le Gouvernement ! Ils ne sont ni flemmards ni irréalistes, juste abîmés par un travail difficile et fatigant.
    La pénibilité du travail a été, à mon sens, expliquée bien trop tard par exemple. Et en fixer le seuil à 20% était une erreur, heureusement rectifiée. Mais pour moi ça a déjà été un blocage psychologique important.

    Ensuite, le rejet de l’AN de voir le régime des retraites être modifié… On me trouvera toutes les justifications possibles, ce coup-là est dur à digérer. S’ils peuvent continuer à obtenir une retraite à taux plein après 22,5 ans de mandat, quand ils nous demandent de faire l’effort de dépasser les 40 ans de travail… Gloups. Et la question du cumul des retraites n’étant pas réglée, ça n’arrange définitivement pas mon humeur.

    J’ai aussi été déçue de voir que l’espérance de vie a été totalement laissée de côté, alors que pourtant c’est quand même un problème du financement des retraites. 7 années de plus pour le cadre que l’ouvrier en moyenne en 2005. Je ne dis pas qu’il faudrait absolument indexer le régime des retraites sur la base de ce type de statistiques, mais au moins lancer la question de l’espérance de vie aurait été plus que bienvenue et tout à fait en rapport selon moi.
    Bien sûr, c’est un sujet difficile qui fait mal, très très mal à avouer, mais je crois qu’il est trop méconnu.

    J’aurais également aimé une réflexion de fond sur les possibilités de pré-retraites. On peut partir en retraite à 57 ans sous certaines conditions à l’heure actuelle parce que les seniors sont difficiles à réintégrer sur le marché de l’emploi. Ok, mais alors ça ne devrait pas être le premier problème qu’on se pose ?? On manque cruellement d’embauche de jeunes et de personnes âgées. La solution ne devrait pas être conjointement réfléchie avec un allongement de la durée des cotisations ? Bien sûr, j’ai une parfaite conscience de la complexité de ce problème par rapport au « simple » régime des retraites, mais j’aurais aimé que des idées pour relancer le taux d’emploi des seniors soient débattues en même temps, à mon sens ça a manqué au débat.

    Bef, je pourrais continuer longtemps mais ça ne présente pas un intérêt incroyable. Je veux juste rappeler qu’on peut encourager grèves et blocages (je ne suis pas convaincue que ce mouvement peut vraiment faire une grosse différence sur l’économie) dans le cadre de cette réforme tout en étant pour une réforme -même difficile à digérer. Quoique tu en dises Southern, l’auteur ne semblait pas du tout l’avoir compris dans son article.

    • Southern Cross dit :

      « Ou alors qu’ils aillent péter les vitres de l’Élysée », parce que tu penses que ce genre de comportement est justifiable ? En ce qui me concerne, ce n’est même plus la police que j’aimerais voir agir si cela doit en arriver là, mais l’armée.

      Je te rejoins au moins sur un point ; je suis tout aussi écoeuré que toi par le régime de retraite des parlementaires, voilà bien un régime spécial que ces politicards ne toucheront jamais. Je ne parle même pas des députés européens et de toute la c(l/r)asse eurocratique, pour plus de détails là dessus, je viens juste de faire publier un article sur l’U.E. Tout à fait d’accord sur ce point, Alice, même si je ne pensais pas dire cela un jour.

      Je suis aussi parfaitement d’accord sur les autres aspects que tu dénonces (excepté peut-être la pénibilité que je trouve un peu hasardeuse à mesurer), notamment les questions d’emploi des seniors, c’est précisément ces problèmes que j’attaque quand je parle de superficialité de la réforme. Bien entendu, c’est un champ qui est extrêmement vaste. Comment encourager l’emploi des seniors ? Des mesures incitatives ? Cela comporte aussi des risques d’effets d’aubaine, ce n’est pas neutre non plus. En ce qui me concerne, je trouve aussi que l’on n’agit pas en amont, c’est-à-dire la natalité qui serait bien mieux encouragée par le fait de redonner leur importance aux familles. Comme je le soulignais, toute action sur la natalité ne résoudra pas immédiatement le problème comme l’effet serait nécessairement décalé dans le temps, mais la problématique porte sur l’horizon 2020, pourquoi donc ne pas envisager cette solution de long terme, tant que nous y sommes ?

      Ce que je conteste dans ce « mouvement » qui est plutôt une espèce de masse amorphe chaotique et barriolée plus qu’un ensemble unifié et cohérent, c’est surtout que c’est justement de la contestation pure et simple, donc stérile. Je le répète à nouveau, la réforme ne me satisfait pas pleinement, même su je préfère encore cela à ne rien faire, comme les syndicats l’ont fait et continuent de le faire depuis des années, en comité privé entre mafieux.

    • Southern Cross dit :

      Merci pour ce lien, je l’ignorais totalement ! Dommage que l’on ne songe pas aussi à réduire substantiellement le nombre de sénateurs…

  6. Léo dit :

    « Ce que ces gens proposent est à peine digne d’intérêt : ne rien faire (l’immobilisme, élément de l’identité nationale avec la baguette de pain et le vin ?) ou faire une réforme juste.  »

    Ton mépris est assez intéressant car il démontre que ton article n’est qu’un article de forme. Tu ne cites aucun chiffre.. tu parles de déficit, de difficultés de l’état? Prouve le.
    En revanche je vais te faire une petite démonstration de ce que proposent les moutons tels que moi et qui sont si indignes de ton interet :

    En France, il y a en 2008 36 036 127 foyers fiscaux, qui gagnent à eux tous 818 291 303 523 €. En 2002 il y avait 33 364 223 foyers fiscaux qui gagnaient à eux tous 518 417 737 428 €.
    Sur ces 518 417 737 428 €, l’impot prélevait 44 473 759 390 € soit environ 9% du revenu global.
    Aujourd’hui sur 818 291 303 523 €, l’impot prélève 49 104 870 774 € soit 5% du revenu global.
    La question est simple, pourquoi l’impot sur le revenu a baissé de 4% en 6 ans?
    Cette baisse d’impot correspond à une perte de plus de 30 milliards d’euros pour l’état (il suffit de faire 9% de 818 291 303 523 pour calculer ce que devrait recuperer l’état si l’impot n’avait pas baissé)
    Il est étrange d’observer qu’alors qu’on nous parle de déficit absolument énorme, il suffirait de maintenir le niveau d’impot pour le combler.
    Bref, revenir au niveau d’impot de 2002 financerai les retraites.

    Mais la n’est pas la seule proposition.
    En terme de productivité horaire la France est le premier pays au monde, en terme de productivité tout court il est le 4e.
    Un employé en 2002 rapportait 48000 euros par mois. Il en rapporte aujourd’hui 56000. Les salaires n’ont pourtant pas augmenté.
    Deux solutions :
    – Taxer la productivité ou du moins les pts de productivités gagnés chaque année
    – Augmenter les salaires proportionnellement à l’augmentation des profits induits par l’augmentation de la productivité . Salaires plus hauts = Cotisations plus fortes = déficit résolu.

    Nos protestations ne sont donc pas vide de sens et de propositions.

    « Le véritable problème qui sclérose la France est son refus d’évoluer, de se moderniser alors que le reste du monde avance. Nous ne devons pas nous laisser capter par l’abîme du blocage mental et social. La France est aujourd’hui la risée du monde (il serait utile de publier chez nous les articles de la presse britannique) qui nous voient comme des égoïstes incapables de faire face à la réalité, cela étant particulièrement vrai, notamment en raison de l’assistanat qui dorlote les Français dans de douces illusions »

    Quand à cet argument de la France à la risée du monde, il serait également utile que tu lises la presse allemande et Américaine pendant la crise sur comment le Smic a permis de sauver l’économie interne en France ce qui ne fut pas le cas dans ces deux pays.
    Et l’assistanat tu iras en parler aux 7,8 millions de français qui vivent sous le seul de pauvreté (moins de 880euros par mois)

  7. Piero dit :

    A propos de ce que dit Léo, et plus globalement de ce que les opposants à la réforme considèrent comme une question qui doit être débattue avant de modifier le système par répartition : que pensez-vous de la question de la répartition des richesses et notamment du déséquilibrage progressif capital/travail au cours des dernières années ? Pourquoi cette interrogation ne doit-elle pas être étudiée au moment de faire les comptes pour financer les retraites ?


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