Je suis grand et je suis (toujours) patriote

Cet article est une réponse à l’article Quand j’étais petite, j’étais patriote.

Mon amour pour la France n’a rien d’un complexe d’Œdipe mal digéré, n’a rien d’une compassion pour une nation « opprimée » et m’empêche toute comparaison avec le Portugal ou une quelconque nation, tout simplement parce que la France est incomparable. Son génie, car il existe bien un génie français, ne la rend ni au dessus, ni en dessous des autres nations mais tout simplement, à part. Le don de la France au monde est tout à fait original. Et son histoire, pétrie de contradictions, fait sa richesse et notre devoir, De Gaulle et Pétain, la victoire de Verdun, Maurras et les communistes, Port-Royal et les libertins, Sade et Pascal, les socialistes utopistes et les grands penseurs libéraux, Tocqueville et Saint-Simon et nous pourrions remonter, encore et encore.

Evidemment, la France n’est pas et ne saurait être un territoire vide ou pire, une carte sans territoire et sans histoire. On l’habite, on la fait vivre, et c’est le rôle des français. Qu’est ce qu’être français ? Vaste question et il serait presque vain de vouloir y répondre et de l’épuiser. Un brin râleur, un poil chauvin, et encore, toujours cette tendance à l’autodépréciation qui tempère le caractère, badin et bon vivant peut-être, vin et tête de veaux. Un reste de catholicisme aussi, on ne peut être fille ainée de l’Eglise pendant plus de dix siècles sans « séquelles ». Ils sont attachants plus qu’haïssables ces gaulois.

« Le patriotisme, c’est l’amour des siens, le nationalisme, la haine des autres. »

On peut rejeter un « patriotisme de l’illusion » mais, si on s’attarde sur le sens des mots, mon dictionnaire me dit qu’une illusion est « une erreur des sens » et que le patriotisme est « l’attachement et le dévouement à la patrie » et cette expression, qui tente l’effet de style, signifie en réalité, qu’on rejette un attachement à une patrie qui ne serait pas telle qu’elle est réellement. Mais quand on est patriote, l’attachement à la patrie est quelque chose de viscéral et certainement pas rationnel, heureusement. D’ailleurs, bien malin celui qui pourra me dire ce qu’est réellement ma patrie. J’ai une plus jolie phrase pour distinguer la patriotisme du nationalisme, elle me vient de Romain Gary : « le patriotisme, c’est l’amour des siens, le nationalisme, la haine des autres ». Voilà qui a le mérite d’être simple et si l’un est condamnable, l’autre est parfaitement louable et peut-être, salutaire.

Bony Ska, tu évoques, avec plaisir, la grande liquéfaction opérée dans notre basse époque. La fierté serait « inadaptée au monde », la France bloquée sur son passé, « son déficit la rend pauvre », son industrie fout le camp. D’un point de vue économique, tes assertions sont discutables et non argumentées, un déficit n’est pas un mal en soi (théorie keynésienne) et une nation industrielle n’est pas forcément plus à même de se débrouiller dans la mondialisation (Singapour, 73,2% du PIB réalisés dans le secteur tertiaire, 3% de chômage). Je ne sais pas non plus en quoi être fier de son pays serait inepte dans le monde d’aujourd’hui. Cela me semble au contraire être un signe de bonne santé, en témoigne les Etats-Unis et la Chine. Un homme mal à l’aise, peu sûr de lui, honteux de ce qu’il est, n’ira jamais vers les autres. Pour un pays, c’est pareil. Je pense justement que la France n’est pas assez fière d’elle, et les repentances de ceux déplorant une France raciste, misogyne, colonialiste, remplie de beaufs votant Le Pen… font pires que mieux, tout cela explique largement les préoccupations relatives à l’identité nationale, la place des Roms, le malaise croissant vis-à-vis de l’Islam, etc…

Le plaisir a eu raison du goût de l’effort et du sens du sacrifice.

Dans cette optique, je constate comme toi, avec regret, que peu serait capable, aujourd’hui, de mourir pour la patrie. On ne vit plus et on ne meurt plus pour des idées au XXIè siècle, en Occident. Quelque chose comme le petit confort personnel, l’individualisme égoïste, a gagné dans les années 1980, l’élection de Mitterrand n’était qu’un leurre, les valeurs de Mai 68 ont fini par se diffuser. Le plaisir, le culte de l’épanouissement personnel (qu’on ouvre un magazine féminin pour s’en rendre compte) a eu raison du goût de l’effort et du sens du sacrifice.

Tu crois que l’homme peut faire de grande chose, soit, mais dans quel cadre ? Personne n’agit in abstracto et nous ne sommes pas de purs esprits. Très souvent, dans l’histoire de l’art par exemple, il s’avère que le particulier touche à l’universel. Si le Voyage de Céline et la Recherche de Proust sont des œuvres encensées au quatre coins du monde, elles n’en restent pas moins très françaises. Sans la France, sans son histoire, sans un soupçon de patriotisme de la part de ces auteurs, qu’ils expriment à travers leur amour de la langue, de l’argot parisien pour Céline, des sonorités, Proust et Céline n’auraient rien été. Un génie ne sort pas de nulle part, il a vécu et transmet son vécu.

Enfin, ton final ne manque pas de bons sentiments et c’est touchant. Combattons l’ignorance, visons la paix, aidons les autres peuples à être rationnels (d’ailleurs, voilà une pensée néocoloniale pour le coup) ! La puissance intellectuelle de la France – qu’est ce que peut bien signifier la puissance intellectuelle ?- devrait lui permettre de sauver le monde ! Donnons de l’argent à foison aux régimes du tiers-monde ! Ce raisonnement n’a ni queue, ni tête et cela me navre de te dire ça, toi qui souhaite « accroître ton savoir et ton intellectualité ». Tu parles de la France en faillite dans 30 ans et tu veux qu’on dilapide notre argent dans des pays pour la plupart corrompus ? Tu dis qu’on devrait cesser de ce croire supérieur (bien que ce ne soit pas le cas à mon sens) mais tu souhaites que l’on donne des « cours d’intelligence aux peuples pour qu’ils puissent réfléchir de manière éclairée » ?

La France du XXIè siècle doit continuer à se penser, à chercher, en toute humilité et sans fausse modestie. Son glorieux passé lui donne des obligations mais nos pages sombres aussi. Et les Français, dans un siècle si désenchanté, doivent continuer à croire et aimer leur patrie, pour deux raisons : s’ils cessaient de le faire, ils ne s’aimeraient tout simplement plus eux-même mais surtout, « nous aurions perdu un peu plus la seule chose qui donne un prix à la vie : le goût de l’absolu ».1

Isaac van Poperinghe, 3A IEP Strasbourg2




  1. Citation tirée de Sébastien Lapaque, Au hasard et souvent, Actes Sud, 2010. []
  2. L’opinion développée n’engage que son auteur et non pas la rédaction. []




18 commentaires

  1. Southern Cross dit :

    Merci, mon Dieu, je désespérais de ne jamais entendre un discours aussi sensé ! Merci pour cette défense éloquente de notre pays, le rappel si fondamental que nous ne sommes pas parfaits, mais qu’être Français implique d’en accepter les hauts comme les bas, comme en amour. En revanche, je suis tout à fait satisfait de mes « séquelles » chrétiennes !

    Enfin, je suis encore plus d’accord, si cela est possible, sur la fin ; arrêtons un peu d’asperger des régimes dictatoriaux par le biais de l’APD. L’ONU elle-même montre du doigt dans ses rapports que plus des trois quarts de cette aide ne bénéficie jamais à ceux qui en auraient vraiment besoin, contribuant plutôt à la cagnotte des Omar Bongo du monde. Arrêtons également, sous couvert de bons sentiments, de nous trouver des causes partout dans le monde, alors qu’il n’y a pas besoin d’aller bien loin en France pour y trouver une misère parfois extrême, indigne de notre grande Nation. Par ailleurs, nous ne faisons que rendre ces pays dépendant de notre aide, les mettre sous perfusion en quelque sorte, tandis que nous exigeons en permanence des contreparties et détruisons leurs marchés locaux en les inondant de nos produits. Cessons un peu ce double standard, indigne lui aussi de nos idéaux et de la France.

    Il est toujours possible de retourner à des valeurs plus dignes et humaines, il ne tient qu’aux Français de s’y remettre.

    Un grand merci, en tout cas, à l’auteur pour cette bouffée d’oxygène salutaire. Mes compliments.

  2. Alice dit :

    « Peu seraient capables de mourir pour la patrie » : tout en étant tout à fait d’accord avec l’idée, j’ai du mal à comprendre comment tu peux le « constater » ! Les occasions de mourir pour la patrie ne sont pas légions par les temps qui courent, et mettre en avant son patriotisme jusqu’à la mort n’a rien d’évident à l’heure actuelle.

    Personnellement, c’est à peu près la dernière cause pour laquelle je serais prête à me sacrifier, mais je ne vois pas comment on peut constater ça dans la réalité.
    À moins de penser que la guerre d’Afghanistan et les missions des casques bleus sont des moyens de mourir pour la patrie, mais j’en doute.

  3. Astérie dit :

    Autant ta réponse me rassure ([Edit Admin: tout commentaire insultant/non cordial sera systématiquement supprimé]), autant je bondis à la lecture de cette phrase :
    « […] le culte de l’épanouissement personnel (qu’on ouvre un magazine féminin pour s’en rendre compte) »

    Tu sembles oublier que l’épanouissement personnel est un droit que les femmes ont conquis de haute lutte dans un monde genré et clairement dominé par « le masculin », alors que la société a cherché a les cantonner dans un rôle strictement réservé à l’épanouissement d’autrui -mari, enfants, famille en général. On parle bien donc de progrès social et non de perversion de la modernité ! Demande donc à tes grands-mère ce qu’elles pensent du goût de l’effort et du sacrifice, et tu verras si elles veulent revenir « au bon vieux temps »…

  4. Southern Cross dit :

    Enfin, je crois plutôt que l’objet était de dénoncer les magazines féminins qui consacrent une partie non négligeable de leur espace à parler de sexe, « 20 moyens de satisfaire votre homme au lit », « êtes-vous sensuelle ? », ce genre de titres extrêmement fréquents, bref. En fait, ces mêmes magazines féminins participent du même phénomène qui est l’instrumentalisation de la femme, la femme-objet pour ainsi dire, ce qui est tout sauf flatteur pour les femmes. Par ailleurs, l’auteur n’a pas remis en compte l' »épanouissement personnel », mais « le culte » de l’épanouissement personnel, ce n’est pas du tout la même chose. Tout le monde est d’accord aujourd’hui pour dire que l’épanouissement personnel est désirable et légitime, pour les hommes autant que pour les femmes, en revanche, que cela ne devienne que le seul objectif (individualisme et monothéisme plaçant l’individu déifié au centre du culte, si je puis dire) et soit porté au Panthéon, est une chose complètement différente. A moins que je ne me trompe, auquel cas l’auteur éclaircira, je crois que c’est ce qu’il voulait dire si j’ai bien compris la direction de l’article.

    Qu’il me soit permis en tout cas d’exprimer mon soulagement quant au fait que cet article soit bien reçu après le dernier écrit sur le sujet… Pour les administrateurs, rien d’insultant ici, vous en conviendrez.

  5. Alice dit :

    Southern, la prochaine fois que tu trouves un article intitulé « 20 moyens de satisfaire votre homme au lit » dans un magazine féminin actuel, tu seras gentil de le scanner et de me l’envoyer, parce que je serais curieuse de voir ce que ça donne… Je n’ai jamais lu une formulation aussi ridiculement machiste que celle que tu proposes et tu oses prétendre qu’il s’agit d’un titre « extrêmement fréquent » !
    Oui il existe des articles sur les préférences sexuels des hommes, mais formulés de manière moins clichée et surtout, on retrouve les mêmes dans la presse masculine…

    Après consultation du site de Cosmo aujourd’hui, rubrique Sexo:
    -Le plan cul est-il une bonne idée ?
    -Pourquoi sont-ils fans de la sodomie
    -Parlez-moi d’amour
    -La pilule, amie ou ennemie ?
    -La plus belle qualité de votre Jules
    -Le sexe dans un lieu insolite

    Si tu y vois des titres qui inspirent à la femme-objet, je crois que tu ferais mieux de réviser tes classiques et de te détourner un peu du « manuel de la parfaite ménagère des années 60 » dans lequel tu as dû trouver cet exemple de titre malheureux.

    Si les magazines féminins restent très superficiels (par comparaison à GQ par exemple), ils n’empêchent qu’aucun ne prône la soumission de la femme (sauf peut-être à Karl Lagerfeld, et encore). Potasse-les un peu plus souvent, et tu verras que les thématiques sont loin de prôner la femme objet. La femme consumériste qui s’assume oui, la femme a la sexualité active oui, la femme avec une carrière oui, mais la femme soumise, non.

    • Un passant dit :

      Juste en passant.

      Après avoir lu quelques commentaires d’Alice et Southern, je suis assez épaté par la différence frappante entre les deux. Une justesse et une liberté de ton pour Alice, face à un dogmatisme agressif et sourd. Mais ce qui est le plus frappant c’est la simplicité et l’humilité avec laquelle tu avances ce que tu dis. Tu vas à l’essentiel, tu n’imposes pas d’argument, tu exposes la façon dont tu vois les choses (même si je ne suis que rarement en accord avec toi).
      La réflexion et l’analyse personnelle, face à la récitation et au dogme.

      Je suppose que vous vous connaissez, ça doit pas être triste à l’IEP (Strasbourg ?) !

      Un passant.

  6. Southern Cross dit :

    Alice, la rubrique « aujourd’hui » de MSN Messenger affiche fréquemment ce genre de titres, je n’exagère pas, il y a des tests entiers sur le sujet. Quant à te scanner les échantillons dont je te parlais, cela me sera extrêmement difficile, car tu te doutes bien que je ne garde pas ce genre de magazines avec moi, je n’en achète pas (surprise), mais j’en avais un bel échantillon sur mon lieu de travail cet été.
    Un autre point où tu te méprends, c’est que je n’ai nulle part prétendu que le niveau de la presse masculine est plus élevé, Alice, le thème était en l’occurrence la presse féminine, je n’ai donc pas abordé la contrepartie masculine, ce que je vais faire maintenant. Le phénomène dont je parle et que l’auteur mentionne, à savoir le culte de l’épanouissement personnel (quel amalgame de réduire l’épanouissement personnel au sexe), est un phénomène assez général. En étant un homme, je suis tout à fait conscient du niveau très bas de cette presse, non pas que je sois familier avec des torchons comme « Men’s Health » ou ces affreuses revues de « tuning » s’assortissant de jeunes femmes en tenues bien trop légères à mon goût, mais ces inepties sont hélas ! bien trop répandues pour échapper entièrement à leur ubiquité. Un seul exemple, le site de « Elle » aujourd’hui :
    http://www.elle.fr/elle/Love-Sexe/Tests-et-quiz/Tests/Test-Sexe-etes-vous-une-bonne-amante
    Laisse moi te dire que j’ai vu bien pire, toutefois. Tu crois que « vingt manières de satisfaire son homme au lit » est un titre isolé et tiré par les cheveux ? Lis ceci (« Les trucs que les hommes préfèrent au lit ») :
    http://www.femina.fr/Sexo/Sexualite/Ce-que-veulent-les-hommes
    Mon propos est très loin d’être machiste, je n’ai pas une once de machisme en moi, mais comme tu mentionnes les classiques, Nietzsche pourrait très bien te rassasier si tu recherches des lectures misogynes. Cela me choque tout simplement que la femme soit réifiée et présentée comme un objet, a fortiori un objet sexuel. Ceci étant, je suis tout aussi choqué que les hommes soient présentés comme des pervers dont les pensées sont exclusivement concentrées en dessous de la ceinture ou des « plans cul faciles » comme on dit en ces jours de débauche. Encore une fois, je n’ai jamais dit que la presse masculine était d’un meilleur niveau.
    Ces magazines ne prônent certes pas ouvertement la femme-objet, mais c’est pourtant la conséquence (ou la cause ?) de ces tests toujours plus absurdes, de même que la publicité utilise abondamment des images de séduction charnelle pour que tout le monde se rince l’oeil. Si tu penses que Miss France et les femmes à moitié nues sur des enseignes publicitaires ne prônent pas la femme-objet, cela est ton droit, mais je diffère sur ce point. Je t’assure que cela n’a pas changé après les années soixante, contrairement au mythe soixante-huitard.
    Quant à la femme (ou l’homme) consumériste, cela illustre bien mon propos : nous sommes dans une société où la seule chose valorisée est la consommation, surtout ostentatoire, une société qui, pour paraphraser La Fontaine, « préfère le paraître à l’être ». A vrai dire, cela ne concerne pas que la femme, mais aussi l’homme, nous sommes tous réduits au statut de robots avec quelques émotions primitives (le plaisir, le sexe, acheter) dans une société consumériste où l’argent est devenu la fin plus que le moyen. Parlons donc d’humain-objet si tu préfères. Quant à la sexualité active, soi-disant libération de la femme, plus elle est précoce, plus elle augmente les chances de divorce dans le futur :
    http://socialpathology.blogspot.com/2010/09/sexual-partner-divorce-risk.html
    Je ne vois pas en quoi cela est valorisant pour une femme ou pour un homme d’avoir une sexualité « active », j’entends par là beaucoup de partenaires sexuels, mais je n’envisage sans doute pas la chose de la même manière. Je ne vois pas en quoi le fait d’avoir une sexualité active est un symbole de libération, alors qu’elle me semble bien davantage un symbole de subordination à des impulsions. Si tu penses que la femme est libérée parce qu’elle a une liberté sexuelle, tu la réduits toi-même à ce statut de femme-objet en sous-entendant que de cette liberté sexuelle découle la vraie libération. Le même raisonnement peut-être appliqué à l’homme, d’ailleurs. En fait, ce sont à la fois, dans cette configuration, à la fois la femme et l’homme qui sont soumis, non pas l’un envers l’autre, mais soumis à leurs pulsions, à l’hédonisme immédiat et au consumérisme. J’ai comme dans l’idée que c’est un peu ce que l’auteur visait à dénoncer, c’est-à-dire ce triomphe du plaisir individuel (de l’individualisme) sur les valeurs nobles ; l’abnégation de soi-même, l’altruisme, le sens de la discrétion, l’épargne plutôt que la gabegie, la frugalité plutôt que l’extravagance, la retenue plutôt que la jouissance sans limites, l’amour au lieu de ce substitut charnel qui prétend remplacer les sentiments. Il me corrigera bien entendu si je fais fausse route, je ne prétend pas me faire son héraut ou parler en son nom, cela serait prétentieux au possible. C’est seulement la façon dont je l’envisage, même si j’imagine qu’il n’ira pas aussi loin que moi sur certains points abordés ci-dessus, libre à toi de différer, à nouveau, mais ne m’accuse certainement pas de machisme, alors que rien ne saurait être plus loin de mes pensées, en témoignera ma défense de l’intégrité morale et spirituelle de la femme, du respect qui lui est du, plutôt que cette réification insupportable qui la déshumanise.

  7. Alice dit :

    Si tu ne vois pas la différence entre « être une bonne amante » et « ce que veulent les hommes » par rapport à « satisfaire votre homme au lit » en terme de formulation, le débat n’a même pas tellement lieu d’être en fait.
    Et je n’ai pas cité la presse masculine pour te contredire sur ce point – tu n’y as fait aucune allusion-, mais pour compléter mon argumentation.

    Ce que tu ne comprends pas (et personne ne t’en tiendra rigueur sur ce coup-là), c’est à quel point ces magazines, qui traitent de sexe trop futilement selon toi (et ce n’est pas faux), ont un potentiel libérateur.
    Je crois qu’il n’est pas encore bien acquis que la femme a le droit d’être libéré au niveau sexuel. Rappeler que oui, on peut tailler une pipe, et même avaler par dessus le marcher, et être digne de respect par ailleurs. Que non, on n’est pas une pute parce qu’on a un plan cul, et tant pis si cette idée te semble vulgaire.
    Et peut-être que pour toi c’est tellement évident que ces magazines n’apportent rien, mais crois-moi, pour d’autres ils offrent la possibilité d’une véritable décomplexion vis-à-vis des préférences sexuelles (bien qu’ils restent assez tristement aux relations homme-femme, sans trop aller dans les tendances plus tabous : homosexualité, trio, sm…).

    La sexualité active ou le nombre partenaires n’a rien à voir avec la libération. C’est la possibilité de coucher avec un mec par soir si on en a envie, sans être jugée, qui est le signe d’une VRAIE libération. Mais je déplore à l’inverse que « puceau » soit encore considéré comme une insulte humiliante, alors qu’il s’agit juste d’une pratique de la sexualité différente, tout aussi valable que les autres.
    Voilà, je ne prône que la liberté de choix.

    Et si au nom de cette libération on doit mettre le sexe un peu trop au premier plan dans les magazines et augmenter le taux de divorce, alors je marche à 100%. Parce que d’après moi – et là je comprendrais très bien que tu voies les choses sous un autre angle – la libération sexuelle doit passer avant. Ton lien n’a donc absolument aucune valeur pour moi. Je coucherais avec autant de gens qu’il me plaira avant de me marier, et tant pis si ça doit menacer mon hypothétique union ! C’est typiquement le genre de pseudo-étude qui m’énerve profondément : qu’est-ce que les autres ont à foutre leur nez dans ce qu’il y a de plus intime dans la vie de quelqu’un ? À quoi bon nous faire culpabiliser (ou tenter de le faire) alors que c’est un sujet sur lequel on ne devrait pas être jugé ?

    Quant aux femmes exhibées, je suis assez partagée sur la question. D’un côté, difficile de ne pas être révulsée quand on voit une fille maquillée comme un camion en lingerie vulgaire en train de se déhancher devant une voiture de luxe. D’un autre côté, difficile de considérer que toute fille en sous-vêtement sur une pub est une honte pour le féminisme : je pense aux pubs de Kate Moss et Keira Khightley pour Chanel, où elles posent toutes deux fortement dévêtues, mais avec une élégance qui pour moi n’est qu’une ode à la beauté des femmes et une reconnaissance de leur glamour !
    Là encore, question de goût.

    Un passant : merci pour les compliments 🙂 Par contre on ne se connaît pas avec Southern (Dieu merci, sinon je lui ficherais volontiers des coups de parapluie dans la tête au détour d’un couloir :-p ), étant dans deux IEP différents.

  8. Southern Cross dit :

    Tu avais écrit : « on retrouve les mêmes dans la presse masculine », c’est pour cela que j’ai mentionné la presse masculine.
    Le problème, c’est les ponts entre ce qui peut apparaître comme un problème individuel, donc le divorce (ou plutôt entre deux individus), et ce qui finit par être un problème de société, c’est-à-dire des enfants moins stables dans des couples divorcés avec des potentiels de criminalité plus élevés, je peux te fournir les études si tu veux, mais cela n’apportera pas grand chose au débat.
    Je ne suis pas en train de remettre en cause la liberté de choix de chacun ; cette même liberté qui me permet de penser que tout cela est fort vulgaire, je ne la nie pas à autrui, dusse-t-elle aller dans un autre sens que le mien. En revanche, si c’est le droit de chacun de s’engager dans les pratiques sexuelles de son choix–soyons réalistes, même si j’entendais l’empêcher, que pourrais-je faire ? Mettre des CCTV partout ?–d’acheter ce genre de magazines ou de parler en des termes que je considère peu élégants, tu admets toi-même qu’un peu moins de visibilité (publique, s’entend) ne serait pas toujours de refus : « difficile de ne pas être révulsée quand on voit une fille maquillée comme un camion en lingerie vulgaire en train de se déhancher devant une voiture de luxe ». J’aime beaucoup l’expression, soit dit en passant ! A ce titre, que l’on garantisse la liberté individuelle, certes, je suis tout à fait pour (même si je déplore ce que certains en font), ce qui me dérange est plutôt l’irruption de tout cela dans la sphère publique et l’exposition d’enfants à cela, c’est-à-dire dans des publicités parfois outrageuses ou les pseudo-cours d’éducation sexuelle, dont je pense que les parents devraient avoir le droit de retirer leurs enfants, ou, a fortiori, la pornographie.
    Ce qui me rassure est que tu sembles aussi reconnaître ma liberté à voir cela autrement, c’est déjà bien davantage que ce que certains m’ont concédé dans d’autres débats externes, pour cela, je t’en remercie, car cela ne va pas de soi pour tout le monde. Pour moi, le changement que je prône doit passer par la persuasion et le débat, pas par la loi. Je suis bien conscient que seul un changement des mentalités permettra un retour à ce que j’estime être des valeurs plus saines dans ce domaine.
    Eh bien, moi je ne te mettrais pas des coups de parapluie dans la tête (pourquoi un parapluie, d’ailleurs ?!), mais je te saluerais respectueusement, même si nos idées sont aux antipodes les unes des autres.

  9. Florent dit :

    Quand on parle de mourir pour la patrie, on n’est pas patriote, on est nationaliste. C’est triste de se mentir à soi-même.

    Une des seules façons de mourir pour des idées qui me parait moralement acceptable, c’est celle dont parlait Victor Hugo sur les barricades en 1852, mais ça m’étonnerait que ce soit ce à quoi tu penses.

    Florent

    PS : l’Homme est un absolu autrement plus absolu que la patrie. La vie aussi.

  10. Nicolas dit :

    Hugo a également écrit:

    Gloire à notre France éternelle !
    Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
    Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts !
    A ceux qu’enflamme leur exemple,
    Qui veulent place dans le temple,
    …Et qui mourront comme ils sont morts !

    Mourir pour son pays, c’est mourir pour les idées qu’il porte et pour ses semblables et amis/famille, pas pour massacrer des « autres » différents donc inférieurs.

    De Gaulle était patriote et Hitler nationaliste. Je vois mal comment on peut faire la confusion.

  11. Southern Cross dit :

    Non, Florent, si demain ce pays est injustement attaqué et menacé dans son intégrité, sa continuité et son identité, ne parlons pas même de la menace qui pèserait sur les notres, le défendre serait la chose de plus noble à faire. Où est le nationalisme ici ? Personne n’est en train de dire qu’il faudrait envahir nos voisins et bâtir un empire. Nous parlions de l’amour de la patrie, un amour qui irait jusqu’à la défendre lorsqu’elle est menacée, le propos ne portait pas sur la haine des autres qui est souvent sous-jacente dans le nationalisme.

  12. Florent dit :

    Lisez Les Châtiments, de Victor Hugo, et pensez à ce que peut vouloir dire mourir pour une cause. On n’évacue jamais la question de la mort de l’autre.

  13. Hélène M. dit :

    Attends, selon toi, Florent, les résistants qui ont tué des nazis pour libérer la France et empêcher qu’elle ne devienne/reste un territoire où les lois nazis s’appliquent n’auraient pas dû le faire ? Un pays n’est pas qu’un pays, c’est aussi un Etat où des lois donnant plus ou moins de droits s’appliquent. Défendre son pays, c’est aussi défendre ses droits. Personnellement, s’il ne s’agissait que d’avoir la nationalité allemande et de parler allemand, ça me dérangerait mais pas tant que ça. En revanche, vivre sous un régime nazi, non merci.
    Alors rassure-moi, par pitié.

  14. Southern Cross dit :

    A l’instar d’Hélène, j’aimerais bien que tu élabores sur ton idée, Florent. Aies aussi la grâce élémentaire de ne pas prendre tes interlocuteurs pour des idiots, je serais prêt à parier que la plupart des intervenants ici ont déjà côtoyé Victor Hugo.

  15. Florent dit :

    Southern Cross : Ma référence à Hugo ne se voulait pas condescendante. Toutefois, je suis désolé qu’elle ait été perçue comme telle. Je voulais parler des mots qu’il a prononcé en refusant une arme sur les barricades : « Je suis prêt à mourir pour cette cause, mais certainement pas à tuer. »

    Hélène M. : Je m’empresse de te rassurer. Comme le disait Aron, la politique, c’est le choix du moindre mal. Et je considère effectivement que tuer en résistant à l’oppression est un mal moindre que celui de tuer au nom d’une idéologie de mort.

    Néanmoins, je n’oublie pas qu’une partie de la résistance était antisémite (cf. La Cagoule, qui s’est scindée comme suit : une moitié a rejoint De Gaulle, l’autre moitié est restée en France pour collaborer).

    Et je n’oublie surtout pas le formidable exemple de Gandhi, qui est, à mon sens, un mal de plus minimes en comparaison des deux autres.

    Il faut toujours chercher les moyens les plus proches de nos fins, si on veut rester cohérent. Aussi, tuer pour faire la paix peut fonctionner mais n’est pas aussi louable (moralement parlant) qu’une résistance pacifique, qui peut être extrêmement efficace elle aussi.

    Je pense que ma position est clarifiée.

    • Southern Cross dit :

      Fort bien, je te prie d’accepter mes excuses dans ce cas, car je sais à quel point il est agaçant d’être mal compris par autrui. Je comprends mieux ton point de vue sur la question, même si je pense que le recours aux armes est parfois nécessaire en dernier recours, ce que je déplore autant que toi. Gandhi n’a pas pu empêcher les débordements des deux côtés, c’est-à-dire la répression britannique et les violences qui ont suivi la scission entre l’Inde et le Pakistan en 1947. Sa position était sans aucun doute moralement noble et louable, mais pourrait faire l’objet d’un débat quant à son efficacité. Cependant, comme je l’ai écrit, le recours aux armes ne devrait être employé qu’en dernier ressort, après avoir épuisé toutes les autres solutions.

  16. Florent dit :

    Toutes mes excuses pour la faute d’accord du participe passé dans le premier paragraphe.


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