Quand j’étais petite, j’étais patriote.

Quand j’étais petite, j’étais patriote. J’avais, je crois, dès l’âge de 5 ou 6 ans, une notion très précise de ce qu’était la France : une grande puissance, présente à l’étranger, dont les valeurs (mais je ne les savais pas alors très clairement), et l’industrie s’étaient exportées mondialement, car la France était de loin le pays le plus perfectionné. Sans le savoir, j’étais un peu gaulliste.

Je me souviens de mon premier séjour au Portugal, où je demandais à mon père si telle ou telle marque était française. Ainsi, quand je lui demandais, en passant devant une deux-chevaux, si Citroën était une marque française, ma belle-mère, qui est allemande, s’emporta en me reprochant de tout ramener tout le temps à la France. Je me servais en fait de la France pour lui prouver notre supériorité, à mon père et à moi, sur elle.

Un souvenir très frappant me revient maintenant : au Portugal toujours, nous nous baladions mon père, ma belle mère et moi, dans les rues d’une ville dont j’ai oublié le nom. Nous passâmes devant une plaque commémorative aux combattants portugais de la seconde guerre mondiale. Je demandai à mon père ce qu’il y était écrit. Il me traduisit les mots, et m’expliqua en quelques minutes la guerre, Hitler, les juifs. Comprenant que la France avait été opprimée, comme le Portugal, par les Allemands, je poussai ma belle mère en essayant de l’écarter de nous.

Selon moi, elle était le mal, et nous étions le bien. Ah la valeureuse France ! Je crois que j’aurais pu dès ce moment là présenter un programme pertinent aux élections sur la protection des valeurs françaises. Fort heureusement, j’avais 5 ans.

J’avais aussi un manque de confiance total en l’humain. Je détestais les hommes : je les trouvais laids, avec leur peau rose et nue, leur façon ridicule de marcher sur deux pattes. Je regrettais tellement d’avoir été humaine que je jouais à être un chien toute la journée, et ce, jusqu’à mes 6 ans. Je regrettais aussi d’être une fille et rêvais d’avoir un enfant, mi-homme, mi-chien. (sic!) Enfin, j’étais un garçon manqué, car en plus de détester le genre humain, je détestais les filles et leurs manières, leurs poupées Barbie qui me semblaient si vulgaires, ainsi que leur haut de maillot, quand je les voyais sur la plage, leur haut de maillot si ridicules, car il ne cachaient rien.

« Le patriotisme c’est l’amour du pays, le nationalisme c’est l’amourpassionnel du pays »

Si je parle ainsi de mon enfance, c’est pour dire à quel point tout ce que je pensais alors s’est complètement inversé à partir de l’âge de neuf/dix ans. J’ai peu à peu cessé d’être patriote. Un jour, un prof à Sc Po, pour expliquer la différence entre patriotisme et nationalisme a dit : « Le patriotisme c’est l’amour du pays, le nationalisme c’est l’amour passionnel du pays ». Je suis donc peut être un peu patriote, parce que j’aime les valeurs de la France, j’aime le territoire de France… En revanche, je n’aime pas les Français et leur prétention, et leur perpétuelle râle plaintif d’auto-lamentation. Beaucoup d’autres choses aussi m’insupportent en France. Cependant, j’imagine que tous les pays ont leur défauts, c’est pourquoi je ne dis jamais que tel ou tel pays est supérieur à la France. Non, tel pays, dispose de cette qualité que la France n’a pas, ou bien la France possède quelque chose de particulier que cet autre pays n’a pas.

Toutefois, je déplore le patriotisme de l’illusion. L’illusion que bientôt la France sera à nouveau une grande puissance. Je blâme les nostalgiques de Napoléon… Ces gens là croient que la France dispose d’un destin particulier, qui la placera toujours parmi les meilleurs. Selon moi ce raisonnement est dénué de sens, car il croit au destin, à la chance, à ces choses aléatoires, qui favoriseraient selon eux la France en particulier. En outre, les gens qui aiment la France au point de penser qu’elle est la meilleure nation, oublient de réfléchir à leur opinion, s’ils étaient nés Allemands, ou Chinois, ou Portugais. Leur raisonnement est complètement subjectif : il ne veulent et ils ne croient la puissance de la France possible, que par ce qu’ils sont Français. Il faut apprendre à se regarder en face : Penserais-je pareil si j’étais né dans un autre pays, dans les mêmes conditions ?

Ce qui me fait donc penser que la fierté inconditionnée de la France est une pensée superficielle, et en plus de ça, inadaptée à notre époque. Je conçois qu’à un moment de l’histoire, les nationalismes étaient si forts en Europe et dans le monde, que défendre son pays était nécessaire. Aujourd’hui, peu à peu, on apprend à vivre en communauté. On s’ouvre aux autres. Si la France veut être un grand pays, qu’elle apprenne donc à changer, non plus à rester sur sa fierté d’antan. La France devrait montrer la voie de la coopération, de l’acceptation des valeurs étrangères, et cesser de penser qu’elle demeure la meilleure, dans un contexte mondial où son déficit la rend pauvre, où son industrie s’amenuise au profit des pays émergents, et où enfin, sa population a perdu le sens de tout sacrifice pour elle.

Très peu de Français, qui disent pourtant aimer leur pays, sont capables aujourd’hui de sacrifier quelques années de leur vie en plus de travail, pour que le pays ne fasse pas faillite dans 30 ans ! On peut on aller de la sorte ?

Refuser l’obscurantisme et l’ignorance.

J’ai aussi parlé de ma haine de l’être humain étant petite. Aujourd’hui, cette pensée, à la manière de mon patriotisme, s’est effacée. Pourquoi ? Parce que je crois que l’homme peut faire de grande choses, et qu’il suffit juste de bien lui expliquer le pourquoi du comment. Refuser l’obscurantisme et l’ignorance. Tenter, chaque jour un peu plus, de l’élever vers des idées pacifiées. L’homme peut faire le mal (et il sait y faire), mais il est aussi capable du meilleur.

La seule limite à mon internationalisme est la considération que j’ai pour les idées des lumières, qui sont européennes, et plus exactement, françaises. Ces idées là sont selon moi un moyen d’arriver à la paix. Si la France devait avoir une mission aujourd’hui, c’est d’aider les peuples à réfléchir de manière éclairée.

La valeur qui m’importe le plus en France, et que j’espère, elle a su conserver, est sa puissance intellectuelle héritée de grands penseurs. La France devrait tenter d’accroître, toujours plus, son savoir, son intellectualité, qui lui sont si particuliers, et non se loger dans l’inculture. Elle devrait aussi devenir une véritable puissance humanitaire, et consacrer plus de temps et d’argent à cette oeuvre là, qui prime devant toutes les autres selon moi. Je ne dis pas pour autant, de façon utopiste, que la France devrait cesser d’être industrielle, compétitive, capitaliste !

Oh non, surtout pas, mais je pense que replacée dans un conteste mondial qui n’est plus celui de 1800, elle devrait cesser de jaser sur sa supériorité et rééquilibrer certains de ces budgets en se consacrant plus aux pays et populations qui en ont besoin.

Bony Ska – 2A  Sciences Po Strasbourg



5 commentaires

  1. […] Cet article est une réponse à l’article Quand j’étais petite, j’étais patriote. […]

  2. Loicsoft dit :

    Excellent article, j’apprécie beaucoup le style… et les idées.

    Je pense en effet, au-delà de toute considération politique, que c’est la manière de penser à adopter.

    Une valeur morale qui je pense a été omise est le respect. C’est je crois l’essence d’une quelconque entente, que ce soit entre états/gouvernements/peuples, entre générations…
    Le respect n’a plus sa place parmi les valeur prônées par nombre d’éducations -si tant est qu’il y en ai une- donnés au enfants/jeunes. Il en va de même pour les médias et les politiques… alors comment expliquer à un enfant qu’avant qu’il soit entendu il doit écouter l’autre lorsqu’en allumant son poste de télé il voit l’inverse.

    « je déplore le patriotisme de l’illusion » : tu l’a trop bien expliqué pour que j’en rajoute, je suis complètement d’accord.

  3. Bloun dit :

    Qu’est-ce que c’est mauvais…

  4. Loicsoft dit :

    Mais encore ?

  5. Maxime dit :

    « Toutefois, je déplore le patriotisme de l’illusion. L’illusion que bientôt la France sera à nouveau une grande puissance. »
    Le patriotisme, ce n’est pas penser que la France deviendra de nouveau la grande puissance mondiale. C’est fini tout ça ! Le patriotisme, c’est un amour de son pays, de ses valeurs, de sa culture, de son histoire, parce qu’un peuple sans histoire est un peuple sans avenir, et ce, même si le pays en question n’est pas la grande puissance rêvée.

    « En outre, les gens qui aiment la France au point de penser qu’elle est la meilleure nation, oublient de réfléchir à leur opinion, s’ils étaient nés Allemands, ou Chinois, ou Portugais. »
    S’ils sont patriotes, ils auraient eu la même opinion… mais de leur pays de naissance, et non de la France bien entendu.

    « Ce qui me fait donc penser que la fierté inconditionnée de la France est une pensée superficielle, et en plus de ça, inadaptée à notre époque. » »La France devrait montrer la voie de la coopération, de l’acceptation des valeurs étrangères » Bien sûr que cette fierté est nécessaire. Si nous ne sommes pas fiers de notre pays, à quoi bon y vivre. Que la vie doit être morose quand on vit dans un pays dont on n’aime ni sa culture, ni ses coutumes, ni ses histoires, ni ses habitants. On ne doit pas se sentir chez soi, on ne doit pas être à l’aise. C’est d’ailleurs le cas de nombreuses personnes en France qui préfèrent vivre avec les coutumes de leur pays d’origine que de leur pays d’accueil. Ils ne s’intègrent pas ? C’est normal, on ne s’intègre pas dans un pays que l’on n’aime pas. Le patriotisme n’est pas un mal. Il permet le rassemblement de gens venus de tout bord, qui ont une vision commune, une fierté et un amour commun de la France. Il est inconcevable de penser que la France devrait, comme vous le dites, accepter des valeurs étrangères. Est-ce que cette vision fonctionne aujourd’hui sur le territoire français ? Est-ce que les minorités, notamment du Maghreb s’intègrent bien ? Non. Les Français ne veulent pas se laisser imposer des valeurs qui ne sont pas les leurs. D’ailleurs aucun pays ne l’accepte. Est-ce que l’Algérie ou le Maroc va accepter qu’on leur impose un mode de vie à la Japonaise ? Ce serait aberrant. Ils sont eux aussi patriotes, fiers de leurs origines. Quel serait le plaisir de voyager pour découvrir de nouvelles cultures si elle se trouve en bas de chez soi ? Si la France accepte les valeurs de tous et n’importe qui, les vraies valeurs de la France, celles qui forment l’imaginaire des étrangers, celles que ceux-ci recherchent en venant fouler le sol français, seront perdues. Être un pays ouvert, ce n’est pas être un pays qui accepte les cultures étrangères sur son sol. Parce que si c’était le cas, peu de pays seraient réellement ouverts en ce monde.

    Vous vivez en France, vous avez fait l’IEP, une institution très marquée à gauche, la gauche qui hait le patriotisme, le chauvinisme, le nationalisme. Vous avez eu des profs de gauche au lycée, car l’éducation est majoritairement à gauche. Ils vous ont appris que la France, c’était les colonies, l’esclavage en vous mettant en tête que la France n’a rien apporté de bon dans ces colonies.
    Vous déplorez le patriotisme et l’illusion ? Je déplore que vous vous soyez fourvoyés durant votre adolescence à cause du bourrage de crâne pratiqué à l’école. Vous étiez si perspicace étant enfant, en avance sur tout le monde.
    On dit souvent que la vérité sort de la bouche des enfants. Pour vous, c’était le cas.


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