[Edito] La France du Non n’est pas morte

Au lendemain des primaires citoyennes (trop facilement appelées primaires socialistes en oubliant le discret mais vaillant Jean-Michel Baylet du Parti Radical de Gauche dont nous avions interviewé le Secrétaire Général en avril dernier), IEP Mag vous propose un édito sans concession concernant notamment la poussée impressionnante d’Arnaud Montebourg et les enseignements que l’ont peut en tirer.

En mai 1993, Jean-Paul Cruse, journaliste à Libération, appelait en une de l’Idiot International, l’expérience sulfureuse emmenée par Jean-Edern Hallier à la constitution d’un Front national :

 

«  Pas de politique sociale, pas d’égalité des chances, pas de justice possible sans un violent sursaut de nationalisme, industriel et culturel. Pas de réponse aux problèmes effectivement liés, de l’immigration, de l’insécurité, du chômage, et de la criminalité urbaine, sans une politique volontariste, autoritaire, et de longue portée, d’aide aux jeunes Etats forts du Tiers Monde, seuls aptes à briser le cycle mortel de la famine. A fixer leur sol, leur foi, leurs langues et leurs peuples.

On est loin, évidemment, du perfectionnement infini de la démocratie, et de mille bavardages. Sur ce terrain, Pasqua, Chevènement, les communistes et les ultranationalistes – que le destin va bientôt débarrasser de la grosse pouffiasse blonde marionnettisée par l’Elysée – vont se trouver plus proches les uns des autres que Marchais de Mitterrand, qui est mort, de Fabius, de Lalonde ou de Rocard d’Estaing. C’est un front, qui se forge, et qui se forgera, qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Dans une dynamique de redressement, de dépassement, d’efforts de citoyens lucides, contre la logique de crise, de soumission, d’avilissement et d’éclatement, qui déferle sur la planète au rythme du Sida. »

Il y a plus de points communs aujourd’hui entre Chevènement, Montebourg, Dupont-Aignan et Marine Le Pen qu’entre Montebourg et Hollande.

Ce texte est toujours d’actualité. Il y a plus de points communs aujourd’hui entre Chevènement, Montebourg, Dupont-Aignan et Marine Le Pen qu’entre Montebourg et Hollande. Montebourg ne peut pas, sans se trahir, donner demain ou dans la semaine, une consigne de vote. S’il le fait, ses électeurs ne le suivront pas. S’il appelle à voter Hollande, encore moins. Ce qui est en jeux, c’est une vision du champ politique, une vision économique propre. Les vrais gaullistes s’y retrouvent. Les gauchistes aussi qui défendent désormais l’ouvrier du coin que le PS et les Verts ont abandonné. Ils réclament tous un Etat fort pour s’imposer sur les marchés, pour faire vivre la justice sociale, pour restaurer l’école et réenclencher le processus d’intégration (sauf, en l’espèce, Marine Le Pen), défendre la laïcité.

 

La véritable division politique qui fait sens aujourd’hui est bien celle opposant la France du non à celle du Oui. Nous n’avons pas refermé ce moment là. Il est temps que les dirigeants en prennent conscience. Evidemment, l’UMP et le PS n’y ont pas intérêts. Les mêmes conseillers, les mêmes Alain Minc et Jacques Attali gravitent autour des mêmes sphères de pouvoir. Monsieur Minc qui avait insulté Arnaud Montebourg de « connard » se fiche éperdument de l’alternance. Il aura toujours ses entrées, il sera toujours écouté.

La politique que fera un prochain président PS ne sera pas éloignée de celle de Sarkozy, sauf les symboles.

Les années Jospin, années de croissance s’il en fut, furent celles du désengagement de l’Etat avec la plus grande vague de privatisations jamais réalisée. La politique que mènera un prochain président PS ne sera pas éloignée de celle de Sarkozy, sauf les symboles. Ils partent du même postulat économique, de la même vision du monde. Pascal Lamy, éminent socialiste, n’est-il pas à la tête de l’OMC ? Et que dire du cas DSK ? Encore une fois, il faut citer Jospin, si caractéristique de la démission de la gauche : « L’Etat ne peut pas tout. ».

 

Aujourd’hui, des hommes et femmes politiques pensent que si « l’Etat ne peut pas tout », il peut quand même quelque-chose. Et plus que ne veulent bien nous le dire les « responsables » de droite ou de gauche. Ces hommes et femmes politiques ont des arguments à faire valoir. A ceux qui dénoncent leur projet économique comme « aberrant », ils argumentent. Avancent les thèses du seul Prix Nobel d’Economie français, Maurice Allais, invitent à lire les ouvrages de Jacques Sapir, les réflexions des Economistes Atterrés. Oui, une autre politique économique est possible et même souhaitable. Oui, face à la pensée économique orthodoxie, il y en a une hétérodoxe, qui doit être tentée. A l’heure où la pensée économique libérale trouve ses propres limites, où un trader peut venir se pavaner sur BBC en déclarant : « Governments don’t rule the world. Goldman Sachs rules the world. », il convient de se redresser.

 

Ce que veulent les électeurs, ceux qui ne sont pas abrutis par la logique défaitiste et qui refuse l’argument récurrent des gestionnaires clamant « l’irréalisme » et la soi-disant folie « protectionniste », ce que veulent ces électeurs, c’est un Etat fort, volontaire et social et non une simple administration libérale aux ordres des marchés. Il est temps que les politiques portant ce projet en prennent conscience et agissent.

 

Arnaud V. – 4A Sciences Po Strasbourg1




  1. L’opinion développée n’engage que son auteur et pas la rédaction []




13 commentaires

  1. Arnault dit :

    Je suis à 200% d’accord avec cet édito.

    On voit très clairement que le débat n’est plus (l’a-t-il déjà été ?) entre gauche et droite, mais évidemment et naturellement entre mondialistes et « démondialistes », qui constitue un paradigme bien plus parlant. La gauche et la droite ne sont que des concepts fourre-tout qui n’ont même plus de sens.

    On eut put choisir comme catégories « les bleus » contre « les rouges » (encore que, on en est pas loin), voire même encore « les poires » contre « les pommes » pour mener le « débat » du bipartisme biaisé de la Vème république, le marasme intellectuel aurait été tout égal.

    Au sujet d’Arnaud Montebourg, j’ai toujours eu du mal à savoir si c’était du lard ou du cochon. J’ai eu tendance à le considérer comme un alibi du PS, surfant sur la popularité des thèmes prônés par les autres (authentiques) acteurs cités dans l’article, dans la stratégie marketing de niche que s’est fixée le PS : Ramassons à l’UMP ce qu’on peut avec Valls, détruisons les centristes avec Hollande, remobilisons les socialistes avec Aubry, et, séduisons les « anti-systèmes » avec Montebourg (je ne classe pas Royal, considérant que son corpus intellectuel est encore plus limité).

    L’heure de vérité approche donc au sujet du bonhomme, mais en tout cas, je suis heureux de voir que se dessine enfin avec honnêteté le vrai débat de 2012, et que va s’éliminer naturellement la tartufferie de l’opposition purement esthétique PS/UMP.

  2. H de K dit :

    Approuvé par un gaulliste.

  3. Olivier dit :

    Cest dit avec tant de panache qu on a envie d y croire mais intellectuellement cest pas tres honnete.. Le clivage droite-gauche nest pas une « fumisterie ». Car meme si la question de la definition de la mondialisation (cest un concept trop fourretout pour schematiser entre pro demondialisation et pro mondialisation) prend aujourd hui tout son sens, le rapport a l Etat, a la nation, la facon d envisager la societe, les questions de solidarite restent la pierre angulaire d un clivage politique qui n a rien perdu de son acuite.
    Ce que l auteur dit la, cest de la branlette meme pas rigoureuse pour brouiller les pistes

  4. Maxime dit :

    n’oublions pas Mélenchon dans cette critique du libéralisme débridé avec des analyses pertinentes sur son blog.
    http://www.jean-luc-melenchon.fr/

    et sinon le surprenant trader de la BBC, il s’est avéré que c’était un mytho apparemment.

  5. Arnault dit :

    « cest de la branlette meme pas rigoureuse »

    Franchement, quand on suppose que l’idéal de branlette c’est « rigoureuse », c’est qu’on a un sacré balais mental dans le cul.

    On voit bien que depuis le général de Gaulles, ce sont les traditionnels partis de droite comme de gauche qui ont distillé de concert la souveraineté de la France (UE, OTAN, soumission au système financier), alors honnêtement, quand tu me parles de leur « vision de la nation », je trouve ça limite mauvais goût tant ils ont participé à la détruire.

    Quant à supposer que les partis « démondialistes » n’auraient pas, eux, d’idéal de société, de solidarité, c’est juste communiquer un sérieux manque de connaissance de leurs propositions. Ce sont probablement les plus ambitieux dans la redistribution des richesses et dans la régulation du capital.

    La mondialisation n’a rien de fourre-tout, il s’agit tout simplement de savoir si à terme :

    1 : Nous voulons vivre dans la Théorie du Choc des Civilisation, avec l’affrontement de grands ensembles, pour « résister » aux puissances « nord-américaines »/ »asiatiques »/ »sud-américaine » et à terme « africaines » comme je l’ai entendu encore récemment.

    2 : Ou au contraire, vivre dans un monde où le Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes à encore court, avec des nations souveraines en tout point qui peuvent collaborer librement avec ses consoeurs, mais uniquement si elles le souhaitent.

    Perso je trouve ça un peu plus clivant et profond que de se disputer sur le mariage gay, le voile, le cumul des mandats ou les contrats jeunes.

  6. Olivier dit :

    Je pensais avoir repondu hier, comme cela n a pas l air d avoir ete publie, je retente le post

    « Franchement, quand on suppose que l’idéal de branlette c’est « rigoureuse », c’est qu’on a un sacré balais mental dans le cul. »

    Deja, y manquait intellectuelle a branlette, juste histoire de… Ensuite, tu tes un peu trop echauffe betement comme un gamin vexe qui pense avoir reponse a tout (tu me permets?) et je t avoue que ca ma casse toute motivation pour te repondre un truc correct (alors qu au final on aurait pu trouver un terrain d entente si j en juge certains de tes dires).

    Enfin, « c’est qu’on a un sacré balais mental dans le cul », cest tellement faible d esprit, que ca vaut meme pas la peine d en dire plus.

    A bon entendeur…

    • Arnault dit :

      En même temps en t’attaquant à l’auteur en le taxant de branleur et de malhonnête tout en n’avançant strictement aucun argument et en rédigeant comme un primaire, il fallait pas exactement t’attendre à ce qu’on te réponde autrement qu’en te glissant une quenelle.

      Mais je dois reconnaître de mon côté que je ne sais résister aux tentations de la beauté rhétorique.

      Enfin, honnêtement, être démotivé pour si peu, c’est vraiment triste.

    • Arnaud dit :

      juste pour préciser, l’auteur est arnauD avec un D. Cdlt.

  7. Olivier dit :

    Desole pour la vulgarite mais t es vraiment un bouseux de compet…
    Je n ai jamais traite l auteur de malhonnete ni de branleur. Je te permets pas de travestir mes propos de maniere aussi ehonte pour soutenir ton propos foireux.
    Ensuite, si ca te fait kiffer d user de ton francais chatie pour impressionner les badauds du net (ca a l air de te faire plutot bander si j en juge les autres articles du site ou tu laisses transpirer dans les commentaires ton genie de la syntaxe, haha), cest pas trop mon cas (desole encore pour l orthographe mais je suis sur que tu auras compris que j ecris sur un clavier etranger).
    Enfin, « honnêtement, être démotivé pour si peu, c’est vraiment triste », si tu me connaissais gros malin, jai plaisir a debattre avec les gens, generalement j avance qques arguments, et je m amuse pas a critiquer a la marge. Mais cest pas necessaire d etre un genie pour savoir ou un tel debat allait nous mener.

    J arrete ici le petit jeu, il sent pas bon

    • Arnault dit :

      « intellectuellement cest pas tres honnete.. » : donc malhonnête.

      « Ce que l auteur dit la, cest de la branlette » : donc un branleur.

      T’as raison, chui vraiment un crack de la falsification, je vois vraiment pas où je vais chercher tout ça.

  8. Nico dit :

    Olivier n’essaye même pas de te débattre, tu es pris dans les filets du maître ès quenelles.


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