Le cas Chavez

IEP Mag vous propose aujourd’hui un billet sans concession d’un étudiant de Sciences Po Aix sur cette personnalité unique sur le plan international qui divise et agace : Hugo Chavez.

 

Chavez, nous dit on, est au mieux un communiste fanatique, au pire un dictateur résolu. La vérité, c’est que comme tous les malotrus qui osent troubler la grande fête du dogme capitaliste, il irrite. Il incarne la frange la plus extrême du dernier continent ou on ose encore pratiquer cette doctrine des idéaux, des utopies et de la solidarité : le socialisme. En bref, il gène, et ce n’est donc pas étonnant qu’on cherche à le décrédibiliser.

Quand on évoque le dirigeant vénézuélien, les accusations de dictature fleurissent vite. Deux réélections (et des prochaines élections très incertaines), avec de nombreuses vérifications d’organismes internationaux sur le terrain, c’est sur que c’est fort louche. On me parlera alors des nombreuses menaces à la liberté de la presse et d’expression. Je n’irai pas jusqu’à dire que, en comparaison des « voleurs d’ordinateurs », ca a au moins le mérite de la sincérité. Je remarquerais simplement que pour un pays où il y a si peu de liberté d’expression, on entend beaucoup gueuler toutes les formes d’opposition, et que les sanctions à la chaine RCTV sont bien anodines pour une chaine qui a appuyé un putsch.

Peut-être qu’au fond le chavisme ne fait qu’illustrer le conflit éternel entre la liberté et l’égalité, deux concepts entre lesquels qu’on le veille ou non, il faut faire des choix.

Pour ce qui est de sa politique Chavez aura eu le mérite de mener à bien une politique sociale résolu. Microcrédits, nationalisations,  par exemple des latifundios (domaines de terre peu exploités) pour en faire des coopératives (et on sait à quel point le problème de la « terre » est important en Amérique Latine), augmentations énormes des allocations… auront eu comme conséquences une baisse de moitié du taux de pauvreté, la création d’emploi et la réduction des inégalités, selon le Center for Economic and Policy Research. Il faut ajouter à cette politique sociale une touche environnementale (interdiction des OGM), de nombreux projets pour l’éducation (les fameuses « missions »), des mesures d’urgence alimentaires … Peut-être qu’au fond le chavisme ne fait qu’illustrer le conflit éternel entre la liberté et l’égalité, deux concepts entre lesquels qu’on le veille ou non, il faut faire des choix.  Nous sommes formatés par le libéralisme et on nous enseigne à accepter l’inégalité comme une fatalité mais Chavez, dans un sens, inverse les valeurs, et fait de l’égalité la priorité.

Et puis il y a le discours sur la sortie du FMI et de la Banque Mondiale. Un éclair de lucidité, tant ces institutions impérialistes incarnent le chantage et l’injustice les plus perverses et l’ingérence la plus incroyable dans les affaires intérieures. Sortir du FMI et de la BM, qui se permettent des pressions sur des pays qui oseraient faire preuve d’anticonformisme économique qui ont mis à bas des nations (l’Argentine par exemple) et affamé des peuples par leur psychorigidité et leur aveuglement, c’est faire preuve d’un bon sens que je ne peux que saluer.

Chavez est très certainement un chien fou, provocateur né, persuadé que les Etats-Unis incarnent le mal absolu.

Il est bien certain cependant qu’Hugo Chavez n’est pas un saint. Son soutien aux régimes chinois, libyen, iranien…peut légitimement faire grincer bien des dents. Le népotisme et la corruption sont de graves problèmes vénézuéliens. Chavez est très certainement un chien fou, provocateur né, persuadé que les Etats-Unis incarnent le mal absolu. Dans un continent qui a tellement souffert les vices de l’influence nord-américaine, de la révolution mexicaine à Pinochet, on serait presque tenté de lui pardonner cet excès de paranoïa. Dans un sens, messieurs les américains, c’est grâce à vous qu’il y a des Chavez.

Mais le vrai but de cet article, au fond, c’est d’inscrire le leader dans un contexte plus global : un printemps latino dont on ne parle que trop peu, un monde où le socialisme le plus poussé fonctionne, où le changement est démocratique, lent mais résolu. Je crois que le chemin que prend l’Amérique du Sud, c’est le chemin vers la justice sociale et l’indépendance.  Mes espérances sont peut-être utopiques, mais je crois y percevoir ce qui manque à ce monde : une alternative.

Moins de 500 personnes contrôlent 2 000 milliards de dollars en actifs commerciaux. Ces gens sont-ils plus nobles ? Travaillent-ils plus durement ?

Mais ce qui vous dérange, au fond, dans Chavez, ce n’est pas tellement qu’il soit populiste, provocateur ou népotique. C’est qu’il soit communiste. Cette doctrine que vous haïssez, que  vous déclarez morte avec un tel acharnement que ca en devient douteux et que vous tentez de décrédibiliser avec les noms de Staline, Mao… Des démons dont finalement l’existence vous arrange beaucoup. Comprenez-vous vraiment le communisme ? Un système régi par une oligarchie partisane privilégiée, et par un dictateur sanglant qui assassine ses propres camarades, ce n’est pas un système communiste.  Le communisme est une utopie sincère, un monde où chacun serait égal à chacun et ou tous pourrait exister en tant qu’hommes dignes. Il faut vous y faire, mes amis, dans ce monde-ci, le communisme a encore des choses à dire, et un bon paquet d’idées à apporter. Tout particulièrement à l’alternative nécessaire qui doit émerger contre le sacro-saint paradigme capitaliste, qui nous régit avec dogmatisme et avec l’arrogance de se croire « vérité absolue ».  Je conclurais donc cet article par la phrase suivante :

« Moins de 500 personnes contrôlent 2 000 milliards de dollars en actifs commerciaux. Ces gens sont-ils plus nobles ? Travaillent-ils plus durement ? Sont-ils plus précieux pour la société qu’une mère avec 3 enfants à nourrir en hiver sans rien pour payer la note de chauffage ? (…) Et ils disent que mes idées sont mortes ? » Karl Marx le retour. Pièce d’Howard Zinn.

Etienne L. – Sciences Po Aix

 

 

 



5 commentaires

  1. Haumesser dit :

    Article intéressant (surtout après le photo reportage en Corée du Nord) et qui suscite une réaction (preuve de sa qualité):

    Le régime du néo Karl Marx d’Amérique Latine (je te paraphrase), en plus de faire grincer des dents, ne tient en réalité qu’avec la rente pétrolière vénézuélienne (en référence à je te cite « un monde où le socialisme le plus poussé fonctionne »). Forcément, promouvoir l’égalité (et faire un grand fuck au reste du monde au passage) devient tout de suite plus facile.

    Quand au printemps latino, il faudrait que tu sois plus explicite, parce que si le Brésil décolle économiquement (et avec lui d’autres pays), c’est aussi un des pays où les inégalités sont les plus importantes au monde. Pour l’indépendance d’accord, pour la justice sociale on repassera (n’en déplaise à Lula et sa fille spirituelle). Si tu as d’autres exemples et que tu peux nous éclairer, ce serait avec plaisir!

    Insister sur ces contradictions aurait sûrement apporté un peu plus de profondeur à l’analyse, même si elle se veut plus idéologique

    Mathieu

    • Etienne dit :

      Merci pour ton commentaire. J’y répondrais sans tarder, lorsque j’aurai un peu plus de temps, mais je suis actuellement en voyage et me connecte très peu.

      Amicalement

      Etienne

  2. Alexis dit :

    Bonjour,

    Tout ceci n’est que de la théorie, vous ne connaissez évidement pas le Vénézuela, la seule chose qui fait foctionner le pays c’est le pétrole, il est certain qu’avec un cours supérieur à 100$ on peut se permettre de dépenser n’importe comment et sans compter
    ,
    comment se fait il que le Venezuela ait besoin d’emprunter des sommes colosal à la Chine par exemple et d’endetter PDVSA tout les ans en procédant à la vente de bons?

    comment se fait il qu’après 13 ans de Chavisme il y a plus de bidonville?

    comment se fait il qu’après 13 ans de missions il y a une explosion de l’insécurité?

    comment se fait il que les infrastructures soient si mauvaises et qu’en dehors de Caracas il y a des coupures d’eau plusieurs fois par jours et souvent pendant plusieurs jours vous n’avez ni eau ni éléctricité?

    Comment se fait il que le système de santé soit si mauvais que Chavez doit se rendre à Cuba pour se faire soigner (Par des médecins Espagnol…), et que les élites Chavistes vont dans des cliniques privées à Caracas (Clinica Docente la Trinidad), les Centro Integral de Salud sont tellement mauvais qu’ils ne sont là que pour distribuer de l’aspirine (Il faut dire que les médecins Cubain n’ont de médecins que le nom…)
    Lors de la dernière élection présidentielle, j’ai parlé avec des avocats de l’ONU présent sur place en tant qu’observateurs, les fraudes reportées ne sont pas apparus dans le rapport final…

    Chavez de toute manière jouit d’une très forte popularité dans les quartiers pauvres, il faut dire que distribuer de l’argent aux gens 2 fois par mois aide à se faire aimer, mais, malgré tout cela, les dernière élections législatives ont été un échec pour lui, bien que controlant 60% de l’assemblée nationale il a récolté seulement 48% des voix nettes, ce n’est seulement que le renforcement de la pondération des élus de zones Chaviste accordée par décret avant les éléctions qui l’on « sauvé » d’une défaite (En effet certains député ont plus de poids que d’autres).

    Un des candidat dont Chavez à le plus peur car il est beaucoup aimé dans les quartiers populaires s’appelle Radonski.

    Désolé, je vous écris cela un peu rapidement et sans organisation, je pourrais continuer à argumenter.

    Cordialement

  3. Vincent dit :

    Si tu passes par là Etienne j’aimerais également bien savoir comment tu expliques qu’un personnage aussi respectable que le Chavez que tu dépeins ait pu supporter des dictateurs aussi peu respectables que feu Khadafi et Kim Jong-il.
    Ou peut-être considères-tu toi aussi ceux-ci comme des victimes de l’impérialisme américain ? Car à part ça, il me semble que ce simple soutient de Chavez suffit à le discréditer et à révéler sa vraie nature.

  4. Sarah dit :

    Je ne suis pas experte du chavisme, mais étant altermondialiste je m’intéresse à cette expérience. Pour répondre à ton commentaire Vincent, certes Chavez a « soutenu » ces dictateurs, mais plus par anti-américanisme que par véritable approbation. Il y voit plus « l’ennemi de mon ennemi qui est mon ami »‘. En fait, sa politique étrangère est un peu aveuglée par les Etats-Unis, c’est dommage mais après tout, il n’a jamais fait que les soutenir par les paroles lui au moins, contrairement à de nombreuses démocraties qui ont soutenu et soutiennent tant de dictatures par des actes.


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