Vent de froid sur le climat

Tandis qu’en France la hâche de guerre Climatique semble, pour le moment du moins, enterrée (même le très agité du sujet Claude Allègre s’est dit « satisfait » et s’est rangé au dernier rapport de l’Académie des Sciences qui, bien que nuancé, établit le rapport entre le CO2 produit par l’homme et le réchauffement climatique1) il en est tout autrement aux Etats-Unis. La guerre qui oppose les farouches tenants du « réchauffement anthropique » aux non moins passionés climato-sceptiques, auxquels se rallient les lobbys pétrochimiques, fait plus que jamais rage. Entre dénonciation de conspiration au GIEC et contre attaque des scientifiques, le climat est… bouillant.

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Vent de froid sur le climat

Un vent de froid souffle depuis ces derniers mois sur la communauté des chercheurs sur le changement climatique. Tout d’abord, celle-ci s’est bien malgré elle retrouvée au cœur du scandale depuis renommé ClimateGate. Retour rapide sur les événements : Novembre 2009- à la veille du sommet de Copenhague, des hackers parviennent à s’introduire dans les systèmes informatiques de l’unité de climatologie de l’Université d’East Anglia (Norwich, Angleterre), et diffusent sur la toile 13 années de correspondance électronique. Difficile d’y voir une coïncidence lorsqu’on sait que cette unité de recherche sur l’évolution du climat est la principale source scientifique du bien connu GIEC. La suite va très vite: Une poignée d’écolo-sceptiques s’empare de l’aubaine et répandent leur interprétation sur ces éléments (désormais plus) confidentiels. Ces emails révéleraient de graves contournements à l’obligation de relecture entre pairs, de troubles accords, des conflits de personnes. Mais surtout de nombreuses approximations et incertitudes scientifiques étouffées lors de la rédaction des rapports du GIEC. De quoi semer la pagaille, et sérieusement écorner la crédibilité de cet institut de référence en matière de climatologie. Et s’assurer qu’aucun accord ne voie le jour a Copenhague.

Depuis lors, une commission d’enquête indépendante a tenter de faire la lumière sur l’affaire, sous la conduite de Sir Muir Russell, doyen de l’Université de Glasgow. Le rapport2 récemment publié dévoile un manque évident de transparence et d’ouverture, aussi bien au sein de la communauté scientifique qu’avec l’extérieur ; l’occasion d’une remise en cause et d’améliorations. «  [Les scientifiques] sont plus directs, plus ouverts, et partagent plus facilement leurs doutes » déclarait Mike Hulme, spécialiste du changement climatique à l’université d’East Anglia, au journal The Guardian. Des données clés comme les archives des températures des 160 dernières années seront bientôt accessibles au public.

Avant tout, le rapport blanchit largement les chercheurs de toute magouille ou manœuvre officieuse. Non, ils n’ont pas cherché à modifier les résultats de leurs observations, et oui, ils ont bien œuvré avec rigueur et honnêteté dans l’élaboration de leurs travaux.

Cette affaire fut finalement l’occasion pour le GIEC de repartir sur de nouvelles bases, et d’être reconnu comme un institut de recherche extrêmement  sérieux, impartial, source de rapports fiables sur les impacts de l’activité humaine sur l’environnement. « Ce qui ne te tue pas te rend plus fort » aurait pu acquiescer Nietzsche en d’autres temps.

Sen. James Inhofe (Rep., Oklahoma), un des déclencheurs du Climate Gate, considère que "l'arnaque (the hoax) du réchauffement climatique" s'est développée à cause du "soutien de l'élite hollywoodienne".

Ils repartent en campagne…

Mais le combat n’est pas terminé, il en faut plus pour abattre les sceptiques. Légèrement désorientés, ils reprennent vite les armes. Une nouvelle fin : vaincre lors des élections de mi-mandat, contrer le plan énergie d’Obama. De gros moyens : plus de 75 millions de dollars allègrement alloués à la campagne par des piliers de l’industrie chimique et pétrolière. BP, BASF, Bayer, main dans la main dans un ultime effort de guerre. Machiavélique.

Et drôlement efficace. GOP et Tea Party remportent haut la main la chambre basse, et plusieurs Etats traditionnellement démocrates. Parmi les 100 nouveaux élus républicains au Congrès, 50 se revendiquent aujourd’hui climato-sceptiques.

Les bases sont posées ; l’offensive peut commencer. Et cette fois, la cible sera  l’EPA,l’Agence Americaine de Protection de l’Environnement. Les leaders : trois nouveaux élus Texans, Joe.L.Barton, Rick Perry et Greg Abbott. En courageux pionniers de la lutte contre une instance invasive et liberticide, ils reprouvent, défendent, proclament et s’élèvent : jamais ils n’appliqueront  le Clean Air Act prévu pour début janvier 2011 dans l’Etat du Texas! Réguler les émissions industrielles de CO2 serait une dangereuse menace pour la croissance et l’emploi! Et de lancer une série de procès contre l’EPA sur la question de la légalité du Clean Air Act.

Les experts entrent en guerre, parce qu’ils sont fatigués de ces attaques.

Pour contrer cet affront, l’American Geophysical Union, la plus importante association de scientifiques sur le changement climatique, a annoncé il y a quelques jours avoir mobilisé plus de 700 experts sur la question. 700 climatologues, qui vont être amenés dans les prochaines semaines à communiquer au maximum avec le public sur leurs recherches, en particulier sur les preuves du lien entre activité humaine, effet de serre, et réchauffement climatique. Une démarche motivée et agressive qui cible en priorité ces écolo-sceptiques. «  Les experts entrent en guerre, parce qu’ils sont fatigués de ces attaques. Cette idée selon laquelle la vérité finit toujours par triompher ne fonctionne pas. La vérité, on la connait depuis 20 ans, et rien n’a changé » déclarait Scott Mandia, professeur de sciences physiques a New York au Los Angeles Times la semaine dernière.

Quelles issues possibles aujourd’hui? Un recours a la Cour Suprême, ou plus radicalement, une décision par le Congrès de limiter l’autorité de l’EPA.

« Et le combat cessa faute de combattant ».

Louise Abellard3 [MAJ IEP Mag], 3A – Sciences Po Rennes –




  1. Cf. http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/10/28/changement-climatique-l-academie-des-sciences-refute-les-theses-d-allegre_1432349_3244.html et http://www.larecherche.fr/content/actualite-terre/article?id=28656 []
  2. Disponible ici : http://www.cce-review.org/pdf/FINAL%20REPORT.pdf | Un autre rapport, ordonné par le parlement néerlandais arrive aux mêmes conclusions []
  3. L’opinion développée n’engage que son auteur et non pas la rédaction. []




2 commentaires

  1. Isaac van Poperinghe dit :

    Intéressant. Il faut cependant ajouter que la situation n’est pas si noire. En Californie, les électeurs ont rejeté le 2 novembre la proposition d’abroger la législation verte mise en place par Schwarzy et les négotiations pour la construction d’un TGV continuent avec un nouveau gouverneur favorable au projet. Certes, la Californie n’est pas représentative des USA et reste une terre « libérale » mais d’un point de vue éco, elle représente la 8è économie mondiale, autant dire un acteur important, et surtout, la Sillicon Valley, soit le berceau de l’innovation technologique, ce qui est, en la matière, le nerf de la guerre. Au fond, peu importe le constat, il « suffit » d’innover pour prouver que le green business est rentable, c’est ce qu’a compris Bill Gates entre autre en investissant massivement dans la campagne pour le maintien de la législation verte.

  2. Louise Abellard dit :

    Oui tu as raison, la proposition 23 n’est pas passée le 2 novembre. Mais la campagne a été rude. Chaque annonce de million investi par les compagnies petrolières texanes était un nouveau coup dur pour les assos écologiques locales, coup de pression et de hargne supplémentaire pour continuer à appeler et convaincre un par un les foyers américains.
    Mais n°2, profitant de tout ce raffut, les écolo-sceptiques ont réussi à faire passer en toute discrétion une autre proposition, la 26, qui est tout autant problématique: A partir de maintenant, faire passer une loi protégeant l’environnement requiert la majorité qualifiée des 2/3 et plus une majorité simple… Au passage, que tant de gens aient voté contre la 23 et pour la 26 à la fois reste encore un mystère pour moi…
    Cela dit, oui la Californie est extrêmement à la pointe du green business. La plus grande centrale d’énergie solaire au monde est en construction dans le désert, le TGV dont tu parles sera bientôt littéralement sur les rails (pardon pour le jeu de mot facile), et les green companies fleurissent. En Californie; mais qu’en est-il des autres Etats?


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