Débattons du débat

L’UMP semble maintenant se faire assez discret sur les conclusions et conséquences du très médiatique « débat sur la laicité », clivant jusqu’au sein de la majorité (épisode Copé/Fillon évidemment mais aussi le départ de Borloo de l’UMP). Mais les contributeurs d’IEP Mag y voit des choses à redire, sur le fond comme sur la forme, et n’ont aucune envie de rester discret.

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Si votre maison brûle, que faites-vous ?

A)     Vous courez en rond, paniqué, en criant « on va tous mourir carbonisé »

B)      Vous appelez les pompiers et, en les attendant, essayez d’éteindre l’incendie avec les moyens du bord

Si vous avez répondu A, vous pouvez prendre votre carte à l’UMP, plus précisément dans sa branche Droite Populaire, celle qui n’a pas peur de dire la vérité, qui est lucide et qui dénonce la pensée unique. Si vous avez choisi la seconde option, désolé, il n’y a rien au rayon politique qui puisse vous convenir. En effet, les élus UMP, en constatant l’échec de leur politique d’intégration (et surtout l’échec de Nicolas Sarkozy) depuis près de 10 ans et la montée de Marine Le Pen, courent en tous sens en criant haro sur le baudet, sans proposer le commencement d’une idée pour régler le problème de l’intégration et nous dépeignent en toile de fond, l’image de la France envahie par des hordes de musulmans trainant derrière eux leurs femmes emburqadées…

La situation est certes caricaturale et simpliste mais elle illustre finalement bien la caricature de débat sur la laïcité ou l’Islam, c’est selon, à laquelle on a assisté. Muray a sans doute raison,  « il ne faudrait jamais débattre », l’idée d’aboutir à une idée supérieure par la confrontation de deux idées contradictoires est sans doute illusoire. Qui pourrait prouver la supériorité de l’eau tiède sur l’eau chaude ou froide ? Et plus politiquement, qui pourrait me donner les conclusions du « débat sur l’Identité nationale » ?

En l’espèce, plus qu’un débat, il faudrait plutôt une grande explication : expliquer aux musulmans de France, ou plutôt aux musulmans de France qui en doutent, que, non, la laïcité n’est pas dirigée contre eux. A mon sens, il faudrait simplement faire œuvre de pédagogie. Notre concept de laïcité a quelque chose d’unique en Europe.  Oui, contrairement à nos voisins qui se contentent d’être « séculiers », notre pays est laïc. Et cela n’a rien d’évident, les autres pays d’Europe, et peut-être plus particulièrement les pays anglo-saxons n’y comprennent d’ailleurs rien ! Pourtant, à l’heure où l’extrême-droite surfe sur l’islamophobie en Europe et où Merkel et Cameron reconnaissent l’échec du multiculturalisme, réaffirmer nos valeurs fondamentales pourrait être salutaire.

Comme Marine Le Pen ou Claude Guéant, je suis pour l’application stricte de la loi de 1905 : les problèmes techniques doivent être réglés de cette manière. La construction de mosquée doit se conformer au Charte Urbaine présente dans toutes les villes, il faut inciter le CFCM à développer les prêches en français (si tant est qu’ils se fassent toujours en arabe, je n’en sais strictement rien), pour les prières de rue, je ne peux que citer Akram Belkaïd : « On va me dire, «oui, mais les prières dans la rue?» Ma réponse est simple: dans de nombreux pays musulmans, ces prières sont strictement interdites par les autorités. Pourquoi ne le sont-elles pas en France? De plus, il n’y a aucune obligation pour les musulmans de prier à la mosquée sauf pour quelques prières particulières, notamment celle du vendredi —et là encore, certaines interprétations estiment que ce n’est pas obligatoire. En clair, cette question de la prière dans la rue peut se régler pour peu que l’autorité politique le veuille1

Par contre, je désapprouve totalement leur méthode. Guéant, avec ses déclarations intempestives, sur la croisade, le nombre trop élevé de musulmans en France ou que sais-je encore, ne fait que renforcer chez ceux-ci, inquiets, le sentiment que la loi de 1905 est dirigée contre eux. Et il prend, par la même occasion, à contre-pied la grande tradition républicaine française : être musulman, juif, arabe, jaune, vert, bleu, catholique ou amish n’est et ne sera jamais un problème au regard de la citoyenneté française. Etre français, c’est avant partager des valeurs communes, une langue et une volonté d’être français. Mais comme toute identité, celle-ci peut se cumuler : pour ma part, je suis français, européen, lillois, flamand, garçon, étudiant à l’IEP de Strasbourg, etc…

Il faut absolument combattre cette idée d’une laïcité de combat dirigée contre l’Islam. Il faut se souvenir des troubles entre l’Eglise et l’Etat au début du XXème siècle. Les inventaires dans les Eglises, les fiches du Père Combes, la fermeture de force de plus de 2 500 congrégations catholiques, la rupture des relations diplomatiques avec le Saint-Siège, tout cela, il faut le rappeler, sans cesse. Non pas pour victimiser à leur tour les catholiques mais pour montrer que la séparation de l’Eglise et de l’Etat s’est faite à coup de marteau et pour le coup, que celle-ci était véritablement dirigée contre les catholiques. L’application de la loi de 1905 se doit d’être aussi rigoureuse aujourd’hui qu’elle l’a été par le passé. Mais tout cela, qui peut le savoir si ce n’est pas enseigné à l’Ecole ? Comment les enfants de deuxième ou troisième génération pourraient comprendre intuitivement ce concept si particulier si personne ne leur explique ? Un regard sur le programme d’histoire au lycée et l’on s’aperçoit que la mise en œuvre de la laïcité « légale » n’est quasiment pas abordée. Ainsi, en Première, le programme se divise en trois parties : 15h sur « l’âge industriel et sa civilisation du milieu du XIXème siècle à 1939 », 10 heures à propos de « la France du milieu du XIXème siècle à 1914 » et enfin, 25 heures sur « guerres, totalitarismes et démocraties  (1914-1945)». Le thème relatif à la France se subdivise lui-même en trois parties et celle la troisième pourrait permettre de présenter l’instauration de la laïcité : « La République : l’enracinement d’une nouvelle culture politique (1879-1914) ». Ce sujet doit traiter « la culture républicaine qui s’impose progressivement à partir des années 1880 associe respect de l’individu, prépondérance de la Chambre des députés désignée par la nation souveraine, rôle décisif de l’instruction publique pour la formation du citoyen et le dégagement d’une élite, réponse aux attentes de la classe moyenne indépendante, adhésion à un ensemble de symboles et de rites. Cette culture est dominante au tournant des XIXè-XXè siècles, ce qui ne signifie pas qu’elle n’a pas des adversaires. » Si mes calculs sont bons, 10/3, le sujet doit être traité en trois heures2, autant dire que la laïcité, si elle est abordée, est réduite à la portion congrue.  Je tiens par ailleurs à préciser, qu’il s’agit là du programme des filières ES et L, normalement le plus complet en la matière…

Si la droite attise les peurs et stigmatise les musulmans par un discours pesant destiné à ameuter de l’électeur mariniste, la gauche, elle, ne dit rien. Pire, elle joue contre son camp. La laïcité devrait être une revendication historique du Parti Radical de Gauche, le Parti Socialiste devrait défendre mordicus ce principe d’émancipation et l’extrême-gauche, plus encore. Pourtant, rien de tout cela. Le NPA de Besancenot a même présenté une candidate voilée dans le Vaucluse au moment des élections régionales de 2010, arguant qu’elle représente les populations défavorisées des quartiers… Michèle Tribalat a très bien résumé la situation : nos sociétés sont passées imperceptiblement de la lutte contre les discriminations à la promotion de la diversité3. Et c’est là, que le bât blesse. Toute société a besoin d’un certain degré d’homogénéité. La tradition française et républicaine nous enseigne que cette homogénéité n’est pas à rechercher du côté de la religion, de la race ou de l’origine (art. 1er al.1 de la Constitution : « […]. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. […] ».)mais plutôt au niveau de valeurs communes au premier rang desquelles se place le respect de la laïcité. Dans cette optique, il faut se remettre à « fabriquer de bons français » comme dit M. Besson en septembre 2010 mais cette mission relève d’abord et avant tout du Ministère de l’Education Nationale (et non de celui de l’Immigration) et plus que des « bons français », il nous faut des bons citoyens français. Tout un programme…

En attendant que les politiques se mettent à réfléchir, on peut continuer à faire des petits débats sur l’Islam, la laïcité et puis aussi en envisager un sur l’excision et l’égorgement de moutons dans les baignoires, comme dit Marine, ça propulsera le FN à 20%… Un jour, peut-être, on agira.

Isaac van Poperinghe4 – Sciences Po Strasbourg




  1. http://www.slateafrique.com/1233/trop-de-musulmans-en-france-gueant []
  2. ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/bo/2002/hs7/sesl.pdf []
  3. http://www.atlantico.fr/decryptage/multiculturalisme-britannique-echec-37227.html []
  4. L’opinion développée n’engage que son auteur et pas la rédaction []




1 commentaire

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