Pour une réhabilitation du Nord-Pas de Calais

Région régulièrement tournée en dérision, fief de Martine Aubry et de Dany Boon, le Nord-Pas de Calais n’a toujours pas bonne presse. Néanmoins, un des ses habitants « aixilé » dans le sud-est de la France a tenu à remettre les pendules à l’heure et IEP Mag a choisi de relayer son hommage à sa région.

Paris, Paris…

Vous vous souvenez peut-être de cette fameuse finale de la Coupe de France de football qui opposa le RC Lens au PSG il y a 3 ans, quand une flopée de supporters parisiens, touchés par la grâce, brandirent fièrement une banderole sur laquelle était écrit : « Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Ch’tis ». Sur le coup, le message m’a bien fait rire, jusqu’à ce que je me rende compte que ces personnes étaient sérieuses, et relataient des poncifs bien plus diffus que je ne le pensais.

Bien sûr, vous me direz que ces opinions primaires et brutales sur le Nord-Pas de Calais (NPC) concernent une minorité de gens, à l’éducation superficielle, dénuée de la faculté de prendre du recul sur les choses, et marquée du sceau de l’ignorance. Néanmoins, lorsque l’on va au-delà du stade de la provocation outrancière, j’ai l’impression que se cache au sein d’un éventail plus large de personnes une conception du NPC certes plus nuancée, mais qui conserve toutefois une dimension stigmatisante sous-jacente.

Certaines personnes, que j’ai pu croiser au détour d’un commerce voisin voire à l’IEP, semblent réellement avoir une vision altérée, et parfois condescendante, du Nord-Pas de Calais.

Evidemment, en débarquant dans le Sud l’année passée, vous vous doutez bien que les taquineries Nord/Sud ont fusé. Et si l’on est doté d’un minimum d’autodérision, on ne peut que s’amuser de la situation. D’ailleurs, heureusement, je perçois bien que l’immense majorité de ceux qui ont coutume de blaguer sur la question n’a aucun préjugé sur la région.

Aussi cet article s’adresse principalement à ceux chez qui subsisteraient des doutes sur le fait que le NPC est une région de valeur digne d’intérêt, mais aussi à ceux qui seraient désireux d’en connaître davantage sur la région.

Pédophiles, chômeurs, consanguins, oui mais pas que…

Attention spoiler : aussi étrange que cela puisse paraître, mon père n’est pas le frère de ma mère, et mon voisin a un casier judiciaire vierge. En ce qui concerne le climat, une légende raconte même qu’un jour le thermomètre aurait dépassé les 10 degrés.

Trêve de plaisanterie, la région dispose de pléthore d’atouts. Le premier est très certainement la région de Lille. La métropole lilloise, qui compte plus d’un million d’habitants, est un pôle économique et culturel de premier plan. Selon l’INSEE, le « grand Lille » est avec 76 milliards d’euros annuels de PIB la deuxième économie de France après le « grand Paris », et ce devant le « grand Lyon » et le « grand Toulouse ». Les 30 000 entreprises de la zone drainent des milliers d’emplois, attirant chroniquement des travailleurs habitant de l’autre côté de la frontière. Il faut dire que la situation géographique de Lille est un atout de poids. Située à 1h de Paris et de Bruxelles en TGV, à 1h30 de Londres en Eurostar, la ville est un véritable carrefour à l’heure où l’intégration Européenne est prédominante dans l’économie Française.

Preuve de la richesse de la zone, la municipalité de Croix est la ville française comptant la plus grande concentration de personnes soumises à l’ISF juste devant Neuilly

Preuve de la richesse de la zone, certaines communes du NPC sont parmi les plus aisées de France. Ainsi, la municipalité de Croix, située entre Lille et Roubaix, est la ville française comptant la plus grande concentration de personnes soumises à l’ISF (juste devant Neuilly). L’autre symbole de la richesse de la région est la station balnéaire du Touquet. La ville, qui allie des plages majestueuses à des quartiers parsemés de grandes demeures normandes et une poignée de golfs aux alentours, n’a rien à envier à Deauville en Normandie. D’ailleurs, le surnom historique du Touquet est « Paris-plage », car durant des décennies la ville fut la destination de villégiature privilégiée des riches Parisiens.

Ce qui attire au Touquet, c’est vraisemblablement le charme de la côté d’Opale. Sous ce nom, on désigne l’étendue de côtes qui borde la Manche. D’interminables plages de sable fin étalées jusqu’à la Belgique, qui ne se prêtent pas vraiment à la baignade mais sont idéales pour les sports de plages et la relaxation.

L’intérieur des terres n’a pas à rougir de la comparaison. Des collines verdoyantes du Boulonnais aux marais sauvages de l’Audomarois, en passant par les forêts luxuriantes des environs de Maubeuge, un parc naturel se trouvera toujours à proximité.

Un berceau de culture (j’en fais trop, vraiment ?)

D’autre part, le NPC n’est pas une région d’ignares mangeurs de frites (enfin… pas d’ignares en tous cas !). L’héritage historique est très riche. Tandis que Lille et ses environs conservent les traces de la présence espagnole du début du XVIIe siècle, le Nord de la région est le foyer de l’architecture flamande, de ses beffrois, de ses remparts et de ses places symétriques aux façades fastueuses.

En matière d’éducation, la région est également un pôle. L’université publique du NPC est le quatrième campus de France. Lille accueille les locaux d’un IEP, et surtout, de l’Ecole Supérieure de Journalisme, qui reste encore la formation journalistique la plus reconnue de notre pays.

Outre la Grande Braderie de Lille, qui réunit un million de badauds chaque année, une floraison de festivals rythme culturellement la région au fil des saisons. Le plus connu est le Main Square Festival d’Arras, un festival de musique organisé par la firme américaine Live Nation, qui draine les plus grandes vedettes internationales. Ce n’est donc pas un hasard si Lille fut Capitale Européenne de la Culture en 2004 (9 ans avant Marseille).

Evidemment, tout n’est pas rose dans le Nord-Pas de Calais. Tout d’abord, il faut bien reconnaître que le climat maussade et le patrimoine naturel relativement faible de la région inhibent son attractivité. Pour ce qui concerne le chômage et l’alcoolisme, les stéréotypes ne partent hélas pas de rien, le NPC étant la région française la plus touchée par ces deux fléaux. Cependant, au-delà de la brochure touristique que je viens de vous vendre, j’espère que vous saurez réaliser que la région a bien des arguments à faire valoir et qu’elle ne mérite pas tant d’acharnement.

Article publié dans Controverses –Guillaume Compain- Sciences Po Aix ((L’opinion développée n’engage que son auteur et pas la rédaction))



2 commentaires

  1. G dit :

    Ca m’agace ! Croix, Le Touquet… Mettez côte à côte 2 cartes du NPDC : une de l’ISF et une du RSA. Étonnant ce contraste de richesses et de pauvreté… Comparez les richesses produites, la concentration du capital, les échelles de revenus et pas par des moyennes. Terre d’histoire, de labeur pour beaucoup… N’y aurait-il pas une absence de volonté de partager les richesses produites…


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